samedi 28 février 2015

Mongin

J’aime le chemin qui mène à ta maison
Il sent le romarin il est plein de chansons
Mon pied s’y trouve serein et ma main s’y libère
En plus que de raison j’y ressens ta matière

Toi qui fais de mon cœur le havre d’une saison
Toi qui construis autour un beau caparaçon

O Célimène tes yeux me font plonger
Au tréfonds de ton âme si bleutée
Que l’azur lui-même y a perdu ses peines
D’arbre en arbre le geai voltige et s’y entraîne

J’aime le chemin qui mène à ta maison
J’y respire serein j’y suis apparition
Aux doux reflets d’iris aux magies télépathes
Tu sais quand j’y reviens : les essences délicates

Te préviennent de la calme et douce arrivée
Du moindre passager de ces senteurs cuivrées
Tu me salues de loin
Ton cœur en bout de main

Ici je sens mon cœur doucement qui se gonfle
Le chat au coin du feu fait le gros dos et ronfle
Mille sourires y accueillent le voyageur fourbu
Qu’entre tous tu auras comme ami reconnu




Et que tu fais asseoir et largement régale
De ton vin cuit crémeux
Et de ton rire joyeux
Faisant sortir ainsi le fruit de son écale

Combien j’aime le chemin qui mène à la raison
Celle du fin fond des bois purifiée sans façon
Celle qui rend l’art gracile et le temps parasite
Comme gui sur hêtre, commensal émérite

Le rivage est muet face aux assauts des vagues
Et moi sur ton chemin je pleure et je divague
Chaque fois qu’il m’est devoir de partir de chez toi

Et de sentir du jour l’insondable surpoids



LE BÉDÉGAR
génération agame...


La déroute tranquillement fait son lit en toi
Débâcle silencieuse sur les fonts de ton or

Comme un solide et charpenté bonhomme
Qui s’écroule sous les coups de butoir de l’alcool

Tu restes là comme une question pendante
Il y a rime et pâmoison
C'est un bédégar, galle abritant une génération agame
les larves femelles se reproduisent par parthénogenèse 
Je te regarde comme un enfant sidéré

Tu fuis sans bouger, et moi je te haime

Pourtant les vents ne nous sont pas contraires
Certain dit même que les astres nous sont favorables

Mais je ne crois pas aux astrologies de bazar
Ni à toutes ces nécromancies ridicules

Ce sont démons sans particule,
Foison d’esprits dévalués

Je crois au temple vrai de l’amitié
A ce qu’on peut poser sur l’art

Et qui respire en pleine santé, hormis
Les clochettes de la re-nommée sont silencieuses à souhait...
Quelque feulement de méfiance grise

La décrépitude nous attend au coin de la vie
Nous finirons blanchis sous le harnais des rimes

Et puis flanchant nous tomberons turpides

Comme le pan du glacier
Dans un fracas énorme
Mais que nul n’entendra

Ce qui veut dire sans aucun bruit
Pas même l’écho ne répondra



Las de la guerre
Désarrimés

Notre chute sera notre joie.
Peter Brueghel l'Ancien, la Parabole des aveugles, 1568
Musée Capodimonte, Naples

mercredi 25 février 2015

Une journée à Restinclières





Un florilège de pensées m’envahit
Ceci n'est pas une feuille morte de Restinclières...
Dans les sentes parfumées de l’oubli
Il y a cette allée qui descend vers le Lez
Caillouteuse à souhait
Pleine de doux attraits
Et aucun de mes pas ne me pèse

Les fragrances sont aussi volatiles
Que la liberté qui se veut si tranquille
Au muguet de ces herbes folles
On suit le cours d’eau arboricole
Les lentisques des aïeux
Sont les aromates des dieux

C’est dimanche, les promeneurs transis
Font de leur journée une aimable réussite
Et organisant au mieux leur fuite
Goûtent avec avidité le sein du paradis
On rencontre les jouvenceaux
Gorgés d’amour
Heureux
Eux
Ont déjà fait le tour
De la beauté
Et de l'amour

Dans la couleur brisée des hymnes d’hébétude
On perçoit comme une note, un trait d’inquiétude
Soudain le cri perçant d’un rapace nocturne
Fait le tour du château en sifflant l’infortune

Les mots se laissent bercer au cerceau des enfants
Un chien court en jappant
Et passe un oiseau blanc

Je trébuche intérieurement
Déjà l’heure de quitter
Cet Eden envoûtant

Ceci n'est pas non plus le château de Restinclières...
                        











Peupleraie habitée
          De mille coquelicots
                      Qui poudraient dans le pré
                                    Si haut
                                            Dans ma pensée

Le temps de dire adieu
A ses humbles quartiers
Le château
En haut lieu
Nous fait le joyeux cadeau
Enfin, ce n'est pas la crypte du château...

Ses sentiers lumineux
Dans son jardin drapé

A la française
Nous invitent à la danse
La lenteur
Ethérée
Et l’aise
De cette moiteur
Cendrée

Nous rentrons épanouis
Débordants et comblés
Nous sommes presque endormis
La crypte s'est refermée

Voilà, c’est la nuit










lundi 23 février 2015


Le jardin d'hier



Eglise de Saint-Père 



Tu m'as fait devant notaire
sans me donner le blanc-seing
payer le prix de tes terres
j'ai dormi contre ton sein

Thermes romains des Fontaines salées - Saint-Père (89 )
ce qui reste du jardin d'hier...



Terra incognita
reconnue vierge et sincère
explorée par mes bons soins
à ton arcade sourcilière

Ton foyer Sonacotra
avait peu de locataires
j'y ai logé mon enfant
mon petit devenu grand

Tous les pays de la mer
ont connu l'orbe armillaire
peuplé de millions d'âmes
que tu prends pour des ânes






Thanatos aux œuvres mauves
au fin fond de mon espoir
j'ai serré le temps d'un soir
les derniers fragments* de Plaute

Thessalonique de mes hôtes
dans le secret de l'alcôve
les vapeurs de ton alcool
me desserrent le licol

Tu m'as fait devant notaire
- j'ai dormi contre ton sein -
payer le prix de tes terres
sans me donner le blanc-seing

ni que s'écrive le mot : FIN

* Voir notamment Bis compressa ("la femme deux fois séduite") et Commorientes ("ceux qui meurent ensemble")

lundi 16 février 2015

Encor' ou la déhiscence du je




Je parle un langage inconnu
Dans l’arbre de mes inconscients
Il reste un plumitif qui escribouille

Un écrivassier de la pleurniche
Sorte de secrétaire au bleu taché
Avec une écritoire sale sous la bouille

Je frime comme un cheval fringant
Avec l'orémus du muezzin je papillote
Encens fumeux et grisaille sur commande

Comme un enfant perdu dans ses rimes
Comptant les pieds courbant les iambes
Je bricole d’insolents réconforts

morceau d'arc-en-ciel comme tombé sur la ville,
piège ahurissant qui ébouriffe ce monde
Avec la platitude acidulée d’un mort-né
L’encéphalogramme écrasé d’hébétude
Une sorte de prurigo incertain et vétuste

Me rend fatigable et vengeur

Retour sur l’avenir aux grimoires blasés
Débarrasse avantageusement les lointains
Comme je pars vers les gués amochés

Vers les grèves encombrées de coquilles
Quelques sarraus déchiquetés font tablier
Et l’hymne sanguinolent des flots parapheurs



Comme si tu me comprenais toi autre et même
Dans les endroits peu fréquentés où je me fais
Engluer d’organique et de prismes plastiques

Gravement je hoche la tête d’un air entendu
Je cravache pourtant dès la déconvenue du matin
Avec le doux soleil qui tend à l’horizon

Ses pièges ahurissants qui ébouriffent le monde
Ce monde entreprenant qui corrige mes erreurs
Par un revers de main d'un dédain soupçonneux

Alors je reste là, pensif et absorbé
Essayant mes compas, dessinant des tablas
Y promenant mes pas, en caressant l’idée

D’un poème interdit, d’une veine sirupeuse
Qui anatomiserait
Tu ranimeras la flamme d'antan
l’essence de mes rides
Et transformerait tout, comme un Prince rieur

Fait de la mèche qui fume
Un peu de vie

Encor'







dimanche 15 février 2015

L'accident



Matin blême mâtin même     sortie d’autoroute puis sortie de route
Fossé et fossette    faucille voie d'fausset               la radio crache sa musique             sirupeuse et violente                                         dernier virage avant l’après

Je reste pantelante     mon cœur mon cœur bat faiblement mon pouls
Dans le stigmate             de mon poitrail          il y a le trouble

Survivrai-je à la vie              au vide de mes crimes
Ces erreurs pour lesquelles                  tu viens me chercher       ces pourquoi
Je sanguinole comme une larve coupée                            en deux parties     sur la chaussée
On me passe la camisole            je ne peux plus bouger       je suis enfermée

Que de paroles autour      un tourbillon de tourbe                  je suis fourbue
Mon père m’a rappelée à la conscience                          je donne mon consentement
                       Jaillissent les herbes maculées sur le talus      il y a des taches sur le basalte
     
Parler parler pour ne pas perdre la face      je crois que le sang monte à la gorge

Je sens comme une présence chaude     contre mes joues    je déglutis du rouge à lèvres   liquéfié
Dans les arbres   des oiseaux noirs                   se sont posés             oseront-ils             me décharner

Une éternité est passée               vient une autre éternité
La sirène froide    me tue à petits feux            je respire avec un masque à oxy-danse

        Les soubresauts de la gueule rouge    me font ahaner en silence
Dans les rues    j’entends le sifflet      le hurlement du laissez-passer
Quelque part non loin     quelqu’un pense un jour moi aussi     j’y serai
Dans l’ambulance

Les gens ont couru lentement   autour de moi     ils ont     des gestes saccadés     émasculés
J’ai posé mon regard   au moins vitreux   sur le sourire d’un médecin


Elle est jolie a-t-il pensé

Je reste en vie   je reste en vie   envie
J’attends j’attends on prélève un peu plus de sang
L’infirmier parle    ou est-ce le médecin-chef                              il parle dans ses dents
Je serre les miennes                     contre ma poitrine                   je sens l’étau
Ma mère s’affole    elle s’évanouit dans le lointain                       je reste seule
Au milieu d’une foule    immaculée

Dans la voiture mon enfant                                                  Je demande à le voir     je le crois disparu
On m’affirme que non   je pleure encore       jamais on ne m’aura autant menti
Me dis-je et   je supplie encore     pour le voir ici maintenant
Les hommes ont un air d’ennui                 j’ai compris je m’effondre
On m’affirme que je le verrai après                   mais après quoi     je veux le voir     je veux le voir
                                le serrer contre moi             lui redonner mon souffle

Les allées sont montées          par des gens en armes
Les couloirs de l’après vie             s’ouvrent devant                                     mon âme

Maria-Helena VIEIRA DA SILVA, Intérieur rouge, 1951 (détail, renversé)
Je ne crois pas à l’après vie                   me voici          dans une salle éclairée
Par une lampe étrange           qui rappelle                le stroboscope des boîtes
De nuit
Dans le souci de bien faire                              je me suis                 endormie
Soulagée d’un enfer           et pardonnée depuis
Par les médicalmants

Un jour ou l’autre il faudra je crois
Qu’il y ait la pluie                                      
   sur les taches rouges de la nuit



© Michel Marchand, tous droits réservés



lundi 2 février 2015

J'aime la mésopotamie





J’aime la mésopotamie de tes seins
be mysterious... by Ewoud van Rijn
Mon cœur a souvenir des rimes d’autrefois
Et je languis de revoir ton demain
Comme il me tarde de revenir à toi

Ces lumières authentiques d’autochtonie guerrière
Dans le monophonique désir : connaître ce qui est autre
Il y a toujours une mémorable première
Mon cœur trouble mes tempes sous le boisseau d’épeautre

J’aime la courbe sinueuse de ton regard,
mon âme a pardonné l’outrage
Des ans passés à te chercher, coupable en manque de lucidité
Si tu veux construire le partage
Je suis l'écoutille du firmament pourpré

Savant autiste et enfermé dans son donjon
Le seul suintement des remparts me gorge de regrets
Je m’immisce discrètement dans ton passé
Je garnis les flûtes de Pan parmi les joncs


      
be useless... by Ewoud van Rijn

Si je savais être cohérent, si mon amour faisait décor
Je serais puissant comme un fils d’homme
Je bâtirais une cathédrale et pas un château fort
Et le vent frais me porterait vers l’Économe

Alors je briserais les lames
J’inventerais un autre continent
Et nous serions sertis de charmes
Une forêt neuve dans un étang

Un cri de joie dans le présent

J’aime la mésopotamie de tes seins
Mon cœur a souvenir des rimes d’autrefois
Et je languis de revoir ton demain
Comme il me tarde de revenir à toi...








Anniversaire de mariage...
2010

Maladroitement vôtre...

Pour ainsi dire le temps est passé vite
(Et la vie aussi comme un grand train de nuit)
Sept ans de vie commune sept ans d’envies
(Et la vérité de l’amour au bout du rite)

Je pense que vous étiez faits l’un pour l’autre
Un vide immense a été comblé dans vos cœurs
(L'être-deux pour se confronter au malheur)
C’est toujours mieux de voir par la fenêtre

Le bout du tunnel et la fin du cauchemar
(Pour deux âmes blessées deux êtres qui souffrent)
Quand on s’éloigne un peu du gouffre
On se réchauffe le cœur pour un nouveau départ

Je vous souhaite encore au moins sept mille ans
De connivence et de bonheur partagé
Et qu’au tour du chemin vous ayez le printemps

(Métamorphose de tous les champs de blé)

Champs de lavande à l'horizon du Luberon
du côté de St-Jean-de-Sault

samedi 31 janvier 2015

À toi




                                  Penser à ouvrir le temps qui passe
         en faire des paquets mini 
et maxi
         comme délivrance de notre impétigo mental                de nos désespérances multiples et secondes

j’aimerais avoir le temps de faire de la musique avec tes cheveux,                                                                                       avec l’ombre de tes yeux sans fard
            j’ouvrirai une boutique dans le temple du mensonge
pour vendre des vérités le samedi après-midi

toi ton audace tes aveux tes lumières d’yeux parfaits
tes gestes simples tes mots usés mais reluisants et la patine de tes mains

c’est le pourvoi en cassation de nos répliques mortes
                                         c’est un arrêté préfectoral de nos imperceptibles

oseraie sans oser et osier sans poser


je me déverrouille   et       en autoclave            je prévois le ventre de ma terre                 fécondité ardente et double
comme un serin pépie dans sa cage
                                              mon enfant gazouille de plaisir                   à l’haptonomie de tes doigts

tu engendres et n’es pas engendrée tu regardes et n’es pas regardée

L'opération de la cataracte, Musée de Sens (89)

tu limites et n’es pas limitée             comme date butoir de mes dérives                   échantillon de ta valeur

délibération intime et sans donner la réplique                                
                                                         j’espère et attends




mardi 27 janvier 2015

Merci, merci,
pour ce message si plein de sève et de lumière sombre, qui touche mon cœur comme le sirocco est vésuvien et rageur.
Ta poésie s'allume de mille feux qui ne sont pas follets. Il reste le silence et cette brise comme aux premiers matins du monde.
Quant à mes vers, ils sont atteints de pébrine. C'est leur maladie orpheline.
Ils meurent sans atteindre le rivage des myrtes à l'odeur reposante. Mon passe-temps est de chercher les causes de leur maladie. Je ne sais pour l'instant que penser, sinon que je suis libre derrière des barreaux invisibles, des simagrées que la névrose oblique m'impose. Larves, cocons, nymphes, pupes, chrysalides, succombent sans métamorphose, sans atteindre l'imago, ma poésie se meurt à trop se regarder.
L'étrange voie que la nôtre, l'étrange pays. Nous sommes visiteurs d'un monde qui ne nous obéit qu'en apparence, les choses si elles ne se révoltent nous obligent à les considérer et à les accepter. Il faut travailler comme si nous étions déjà dans le nouveau, la danse est à ce prix.
J'espère mais est-il permis... Les mots nous manquent qui nous affranchissent de la pesanteur ambiante...
L'exercice est doux à l'âme et le cœur enfle de penser à l'infini...
2005







"Sous chaque pensée, quel plancton"
"... des empêche-pensées sans cesse subitement me subtilisent tenant ma tête sous foisonnement"
Henri Michaux. Traversées du temps, p. 46 et 66


dimanche 25 janvier 2015

De l'inspiration (chantier) comme d'une promenade aux Baux-de-Provence...
     C’est comme si les mots surgissaient enfantés les uns par les autres, énervés d’alibis, engendrés d’insomnies, comme gorgés d’un suc à fonction digestive, qui les habilite à sortir, qui les habille de surcroît comme des as de pique qui auraient été transfigurés, et qui les autorise à paraître dans un apparat de misère, une peau d’âne déguenillée, un genre de frac de non événement, comme si le temps plongeait directement à ses sources pour nous exhiber ses ressorts cachés, ses rouages discrets et parachevés, ses engrenages et ses sautoirs qui répondent au doux nom de secrets.
Vue d'ensemble ou addition des aires privées...
     Nous sommes plongés dans l’arborescence de nos pensées, comme pétris et bardés de nos dendrites linguistiques, avec ce pourpoint et ce surplis qui nous attifent de mystère, de mystique, de colère aussi, car au fond, nous comme les autres nous cherchons des ruses contre la mort, contre l’assassinat méthodique de la vie par elle-même, dans les vouloirs cachés et honteux de notre moi assailli d’inconstance.
     Car notre imaginaire déploie son efficace pour meubler notre enfer, notre enfance gâchée
     Nous périssons sous le poids des mots, et renaissons sous leur ressaut.
les catapultes des Baux de Provence, le poids du passé en moins...
puisque le ressaut fait voler la charge...
     Le secret, notre énigme, cette chambre forte, froide et noire qui baptise notre vie entière, nous tire de la matière inerte pour gémissements austères, inachevés, ou même imprononcés. Notre petite joie, un sourire l’esquisse, une grimace et un rictus la tissent, et finalement un bâillement la clôt, nous sommes les jouets de la béance fondamentale, pour notre résection finale.
Mise en abyme de notre forteresse antique...
     Nous prétendons avoir le temps, avoir le temps c’est se donner à la vie, et se donner à la vie c’est tuer quelque part l’horlogerie du traducteur de nos infinitésimaux - traître qui nous habite. Nous prétendons guérir, mais nous sommes amphigouriques jusqu’au bout des ongles, dans le sang nous trouvons des traces mnésiques de notre complexité et notre comprenette est paraphée de sigles incoercibles, de regards biaisés, de fureurs entachées.

Il y a un feu qui brûle en moi ? fumée sans feu peut-être...
     Nous siglons notre cimetière de maintes croix et croyances, emportés par le fatidique refrain de notre déshérence. Alors nous avons l’impression factice et fautive de nous sublimer, que nous portons notre supplice sur le visage, et nous oblitérons notre esprit écartelé comme si le timbre sonnait juste.


Armés pour le vide...
     Nous délibérons et cela nous rassure. Nous évaluons et cela nous mesure, nous circonscrit, nous délimite. Nous avons besoin de cette éraflure sur l’armure de nos sentiments construits précisément pour résister à la réalité toute pure, avec ses tendances à l’agressif.      Demeurons en nous-mêmes, et nous serons sages.
     Car rien au fond ne peut remplacer l’orage extérieur sinon une muette et profonde rage, une préhension et une toise pour mater le feu qui nous brûle.

     Tous.
...et pour regarder à gauche, vers le passé

vendredi 23 janvier 2015

Programme pour la vie

                                                             

                                                                                     « A la fin tu es las de ce monde ancien »
                                                                                                   Zone – Alcools, G. Apollinaire


                                              Si les vers partaient en guerre
                                           Si les vers belligéraient
                                        Mitrailles de paix
                                      Barrages de pierres
            Toutes les murailles
             Toutes les frontières
              Vaille que vaille
                Tomberaient
 retour au pays natif de la jeunesse...
pour le partage des espoirs infusés
de lumière et de joie dans la rébellion du cœur...

                 Il faudrait le temps qu’il faudrait
               Mais les Alcools d’Apollinaire
             Lentement mais sûrement
          (On s’en fout, on n’est pas pressé)
          Lentement y parviendraient
        Si les vers belligéraient






               C’est par la force des pensées
              De tous les poètes emprisonnés
             Que le Mur de Berlin est tombé

                                      Si les vers partaient en guerre
                                       Toutes les barrières
                                            Châteaux branlants
                                       Vaille que vaille
                                      Toutes les barrières

                                     Tomberaient...



Fleurs de faïence, au cou du monde...
                                                 


(Petit rescrit de jeunesse...)

Poésie aux charmes de mystère
De bric, de broc, de matériaux divers
Poésie aux myriades d’âmes enflammées et volages
Autant de paires d’ailes dans autant de feuillages
Paradis des Praz, Chamonix Mont Blanc

Des yeux pour un regard multiple

Poésie aux atours d’un mariage élégant
Quand la pensée s’unit à la beauté du Grand
Quand le rire intérieur fête l’hyménée des cœurs
Dans la noria des mots on sent ta bonne humeur

Des oreilles graciles pour une symphologie

Poésie accent grave ou sinistre
Au mur des doléances et des lamentations
Tu as le cri du sistre
Au mur de la honte et des séparations
Le sourire d’Abaddon

Poetry the famous river flows
Its waves do not end
Their systematic blows

(Der Dichter wird einmal sagen
Warum so viele Blumen
So viele Baüme
In meinem Herz gefallen...)

Poésie aux charmes de mystère
De sel gemme de bois de matériaux divers
Poésie c’est la mort qu’on enterre
Et tu es toi son humble corbillard

Des mains pour peupler le brouillard


jeudi 22 janvier 2015

       Une vie de chien malade     
Tout te semble loin, hors de portée, perdu définitivement pour tes faibles moyens. Tu te sens une humeur de valet, de trompe-l’œil, de rince-doigts et de trousseau de toilette. Rien à vrai dire, une mauvaise position, infime dans son ampleur, sur le manche du violon et tout est faussé. Que de blagounettes, de pirouettes, de chansonnettes répétées de mille façons, mais sans aucun sens. Que d'édifices ridicules ! Ils finissent par tuer...

Tu survis et tu vis dans l'attente d'une chose négative, presque vomitive, qui te laissera juste le temps de sauver les meubles, en gardant le mouron. 
Un rire de commande viendra ponctuer ton silence de temps à autre, le plus souvent devant une niaiserie télévisuelle. 
Alors tu plongeras dans notre pseudo-bonheur, la grosse cuillère en argent de nos appétences, de notre sordide attirance pour une certaine avidité, primale et définitive. 
Déchéance des déchéances, ton front deviendra soucieux, tes rides se creuseront, tes années passant te rapprocheront d'un tombeau irrésistible, celui de tes jeunes années. Nous nous retrouverons, autour de la table, déjà loin de la fleur de l'âge, déjà fanés, vieux et avachis. 
Notre silhouette deviendra morbide, notre regard hâve, nous serons livides, comme nos draps froissés. 
Nous aurons gagné le souffle second, comme des Napoléon-le-Petit du second empire, décriés par les Hugo de notre époque, nous aurons gagné la mort au loto, lui serrerons la main dans une posture sans gloriole, sans destin, dans une persistance chagrine, une consistance involontaire. Nous serons gangrenés, comme étriqués, par la bêtise. 
Mort ordinaire de gens ordinaires, dans un quartier ordinaire, et pour des gens ordinaires, voilà une gloire qu'on ne nous enlèvera que difficilement, et qui nous auréolera de son nimbe éclaté. 
Car la méchanceté, au fond, restera comme une arête, en nous, dans la gorge des loups du soir. Vengeance du mal sur le bien. Un accident bête parachève ce genre d'existence. Nous serons définitivement refaits. 
Nous aurons cueilli les derniers brins de thym en fleur de notre épopée familiale pernicieuse et falote.
Mais, peut-être, tout cela, au fond, vaut mieux que toute cette corruption dont on a chaulé les murs de notre arrière-monde.
Certainement.

Démarrer en douceur...

                         


              Démarrer en douceur pour un voyage au long cours...

long/cours quelle expression,                      il faut savoir                                      guider le petit peuple
                                            la gent trotte-menu - ou plutôt flotte-menu - qui frétille dans la nasse
Encore sur le Lac... voyage des voyages, misère de notre retour faussement hauturier

et semble prête à tout pour amener la rive loin de son cœur                      défendant... vers le grand large... oui grand et large à la fois

            comme arrimé au monde de la réalité, mais aussi onirique et grotesque                le temps bouge sans                                                           changer pour autant

                 renouvelé de temps à autre par la scansion fragile de nos                                                                  "Rebroussez chemin !!"

     comme apprivoisé je me dis que jamais le non l'emportera
                                                                                   et pourtant
Musée des Beaux-Arts, Dijon... aigle impérial ??? ou simple oiseau de basse-cour ???

     dans le cinquième siècle de nos emportements il y a                                           une lueur sans hubris 
                                           mais ubuesque                  ment 
                   face aux orties de nos deuils éternels

une réaction épidermique,                        commandée par de                            minuscules muscles  érectiles et savants
                                     qui plongent nos chevelures dans un grand                tremblement et les dressent 
                                                 comme le fauve que nous sommes 
pour tout dire !

                        ...et nous rendre à New York pour la première fois
                                                    comme si les avantages de la vraie vie étaient 
                                                                                                                 là-bas

alors que non 
                                     décidément 
                                                     ils sont à l'opposé du centre dont le cercle prend acte
                                  dans notre modeste parlement

       intérieur...


Personnage lisant un livre depuis des siècles... sans - peut-être - le connaître jamais...
sinon de l'intérieur, comme transféré dans sa non-existence... ah ! langue de bois !!!
Quand tu nous tiens...









mardi 20 janvier 2015

Si le sang parle               pareil que la terre         que l’air que l’eau que le feu                      que tous les éléments du monde imbuvable                                                      de nos désespoirs
Il nous dit qu’il a grandi              dans un jardin bien arrosé, planté       de vivres et de pourvois,                   comme un rire enchanté                   sortant du fond d’une gorge autrement ratatinée
Je comprends que le vent tourne mal,              que la vie se démène, que le vide nous attend,                  l’œil limpide et le regard                                                                                          médusant
Dans le merisier généalogique          de mon néant il y a le psaume élégant et variable                              de mon anaphore de béance le                  germe invalide et grimaçant         de mes soirées de viatique
Si demain je perle                          comme un autre à l’obole de mes puits cadenassés                         je pense que tout sera métamorphosé                       comme silicosé de réjouissances,                       comme arboré de carafons et de mazagrans.
Il nous faut regarder dit la chanson,           ce qu’il y a de beau      comme au fonds de commerce                            l’argent et l’or                    brillent dans les yeux du marchand,                       et pointer à                             l’usine de nos rêves grandissants
C’est comme une matière sombre qui dérange nos pouvoirs faibles et enchaînés                                             que la ténèbre point et que                       le poing enserre
    Attristés par la vision morose de nos années passées comme      enlevés du présent par le poids vulnérable de nos poussières de pensées              nous dûmes obtempérer pour ne pas coup férir                         comme souffrants d’une angoisse de casino morbide
      Alors nous nous sommes attablés, mutuellement comme enivrés     avant d’avoir bu comme séparés des contingences mortuaires de                                               la vie simiesque
                                                      Oh



jeudi 18 juin 2009
Ce sieur j’ai gravi la montagne
                                               comme d’hab
                         si tu reviens si tu reviens déveine aux sangs épanchés
                                                                       et si tu collettes si tu vires vin je rends ma cuti
                          et je refais la manche direction Londonistan
                                                                                 comme prévu dans tes yeux
                           ce scieur a tranché la montagne

                                      un côté du sens inverse
    un côté du sang inverti
                                              triple nouille aux tempes du monde
                c’est la dégringolade lascive de mes cachets sans aspirance et sanguinolente

                   pituite de nos records déshabillés           pirluit de nos dé-corps sans sépulture
         je me gave de peaux d’ânes je mange le fruit de mes entrailles
                                 dégorgé de l’alma mater dolorosa misère hé hé
la source apprivoisée...
              misère il tombe des cordes à repasser et des tables de rétention et des bassines pour nous pendre

                    je tache mon tablier comme un potache désespéré                                   comme un potin qui s’éteint
cible cible tu atteins ma flèche comme un sanglier meurt frappé par un véhicule en sens inverse et sang                                      déverse
je rumine pétochant et parjure de mes œuvres                                                      il faut signer la condamnation à vie                                       car tu te jettes par les fenêtres de l’âme

                   saut du Gaul dans les geôles et la soute à charbon

                   crayonne, crayonne, ne te retiens pas de criailler matière à réflexion
stipulés stipendiés écervelés déstabilisés les roumains de mon cœur dans l’auto
qui nettoient mille fois mon pare-brise pour gagner trois sous
                                je pense à tout abandonner sur le bord d’une route
              et à repartir à pied, bras dessus bras dessous avec le destin laminé de mes mots écorchés

              si demain tu ouvres la porte de ton cœur je rentre et je me rends
                                                     
dans la nuit du système...

PENSE à ça