mercredi 18 mars 2015





En souvenir de mon amie Aline


Les lumières de la ville s’éteignaient une à une
Les lampadaires seuls étaient à l’unisson
Ils semblaient naviguer comme des bancs de poissons
Dans l’éther veule et gourd des Ensérune

Si tu veux me revenir tout est alors possible
Effacer annuler changer le cours des choses
Ne plus charger devant le meilleur des Bérose
Et faire de la vie un parcours indicible

Le hasard existe mais ne régit pas tout
Il y a des lueurs dans le flou de mon cœur
Un peu d’eau falote pour les parterres en fleurs
Comme un grand parnassien renversé sur ta joue

Souviens-toi nous passions près des sycomores durs
Et devenir amis enfin nous enchantait
Comme le vent mauvais m’avait éperonné
Nous avions les mêmes pensées la même voilure

Des victoires de victoires et une espérance lourde
Des motos qui roulaient sur le trottoir citrouille
Un cyclope peinait dans les restes de houille
Comme un miracle vain dans la ville de Lourdes



Les écoutilles entr'ouvertes de la nuit noire
Avant la mise au caveau oblong de l'espoir







L’érudit étudie
Dessin de l'auteur, 1982
Revêtu d’une peau d’âne
Il collecte et il glane 
Un crayon à la main :
Il lit
Cette espèce de thésaurisation est gratuite
Redondance et abondance sont là : garde-à-vous !
Rien ne ronge ce trésor, pas même les mythes
De rouille et vert-de-gris il n’est jamais à bout

L’érudit étudie
Il devient infini
Parcelle de l’étang où lutinent  les tant belles
Libellules sur les nénuphars de l'amitié
Qui méprisent les cruels, les horribles libelles
Fardeau de l’homme grand aux épaules lié

Clichés, stéréotypes et simplifications
Images de l’outrance et scarifications
Dans l’aube si matricielle de la prudence
Là où naît toute neuve l’image de la danse

Le va-et-vient intense
De nos inconsistances

Livres comme jetés à travers les fenêtres
Habillés de passion et peuplés de grands êtres

L’érudit pioche dans les bibliographies
De nouveaux aliments pour nourrir sa folie
Il furète et s’attarde sur les notes inférieures
L’infra-pagination est son valet de cœur
Et l’appareil critique est comme son appentis

Les yeux pleins de lumières et le corps alourdi
Le lettré mandarine ses lettres de créance
Il accroît son étourderie et sa sapience
Cumulus chargé d’éclairs, de foudre et de pluie

Courbé, grenu, sauvé par son humilité
Il darde son regard vers les fonds habités
Puisant aux sources vraies de la fécondité
Détail (remastérisé) 
Du chemin parcouru jamais très étonné

L’érudit n’est pas docte il est plutôt docteur
Il observe curieux les travaux des chercheurs
Leurs résultats piquent son honneur avivé
Il cherchera à son tour à les désarçonner

Puits de science et de foi, ingénu déniaisé
Il a toutes les ficelles de la sévérité
Et l’œil de ces aigles qui pointe le gibier
Avec toute la rigueur de leur notoriété

L’intellect labouré, la tête bien faite
L’érudit fatigué ne fabrique pas les faits
Il les aime trop pour jamais les controuver

Travailler chaque jour est pour lui une fête
Sa famille avec lui en société savante
Éclabousse de soleils les ténébreuses pentes
De l’ignorance dense
Et de la fausse science



30 avril – 2 mai 2006

mardi 17 mars 2015

Le pont de Trinquetaille

Je me sens tout à trac
par l'humeur envahi
d'un valétudinaire
en mal d’Eurasie

l'euphorbe de tes yeux de tes mains de tes plis
me rend attentif aux feulements de la ville
et dans le matin calme de la rime facile
j'entends tourner sur mon divan lourd de pluie

les larmes de l'orange
sont autant de plaisirs
pour repeupler l'étrange
de nos doux souvenirs...

Vincent van Gogh, le pont de Trinquetaille, 1888
dans un bruit éclaté
sur le parquet ciré
je pense à la belle mort
qu'a connue le miroir
le miroir de la paix

Je me sens tout à trac envahi
par l'oubli et le morne attrait de la nuit

mes enfants autour
du paratonnerre
ont un mal d'amour
pour l'avant-guéguerre

tous mes amis ! Soyez intelligents
et gardez-vous de penser à l'argent
au pouvoir de la langue
et aux temples qui tanguent

mon âme ?
un quidam
qui ne sait où loger
te l'ai-je raconté

et j'ai cassé les pailles
de mon ballot d'été
pour pouvoir me terrer
du côté des faubourgs

sous un pont un peu gourd
le pont de Trinquetaille
celui de l'amitié
et de nos retrouvailles

ratées


dimanche 15 mars 2015



La poulie

Des armoiries aux tons provocants
Et professionnels
La Cité interdite
Quelle espèce de pouvoir pour les grands
De cette ombre

Cravacher pour atteindre le premier
L’ovule au sens fort, le recul de la mort

Quelques desiderata de volontaires
Qui ont ouf tous gagné leur misère
Espéré atteindre le jour
Sans pouvoir occulter
Le prévaricateur qui invalide

Ah si nous étions poussière aux pieds d’un monstre
Nous aurions la forme austère d’un pousse-pousse
Quel tireur de rickshaw pourrait nous sortir
De la motte de terre

Qui colle aux fesses du glébeux comme un rond-de-cuir
Qui renforce le pantalon décadent
Quo vadis amigo tu es des nôtres

La danse sur un bateau, lac Erhai, Chine
Nous œuvrons dans le noir pour le bien de la lumière
Pour arriver à persuader la matière première
L’imagerie médicale nous fait angle et crinière

Que de soucis dans l’arbre gris
Cette course la tête la première
Encore un premier avant le premier
Encore une anse à accrocher
A accorder comme une guitare

Dans la bourse frimeuse de nos bleus
Parler parler pour étriper
Un art à vaincre avant l’apprêt

Coulure des mots et des coliques
Un plâtras glauque et un fond de pantalon
Absorbant pour les énurétiques

Je pense que je dis n’importe quoi
Ça me console de tout ça
Cette jetée où s’arriment les bateaux

Qui ont couru les sept mers et les 3 océans
Avant que de mouiller (quel mot étrange)
Dans les havres de guerre économiquement

C’est toute l’appréhension des mousses
Moussaillons

C'est-à-dire des mousses débutants dans leur habit bleu et blanc
Guadeloupe, une écorce ensoleillée
Car avant la marine marchande il y a l’amirauté

Et nous traînons nos guêtres du côté des partants

Que de bavures que de baveux
Dans les flots amers
Dans les amers flottants 

A demain matin si tu veux

Che vuoi ?

dimanche 8 mars 2015

Hommage à Gabriel Randon, dit Jehan Rictus

Va rimailleur te faire pendre ailleurs
On n’a pas besoin de toi pour savoir quoi
Ni même de poème pour décliner des je t’aime

Va écrivaillon faire à d’autres tes leçons
Les enchantements artificieux et les donneurs de comptes en cieux
Sont bons pour d’autres que nous autres

Nous on s’en tape de tes détresses
Tes bons vouloirs tes hésitations tes doutes tes strophes
On s’en contrebalance, on a d’autres fouets à chasser
Jehan Rictus, par Steinlen, portrait
Et d’autres politesses à faire
Ou à faire faire

Mauvais apôtre et de surcroît
Englobé dans le vent du Nord
Tu loges à l’hôtel de la Gare
Comme si tu devais partir ce soir

Scribouillard baroudeur
Ou bourlingueur pour boulingrin
Tu nous fatigues à la fin tu nous escagasses
C’est ça le mot tu nous es-ca-gas-ses

Va te faire voir chez les voisins
Si tu peux leur dire un quatrain
Sans qu’ils te virent et te débottent
En hurlant : Dehors, sale mioche !

Va chez les étrangers là-bas
Dans les quartiers
Nul n’est poète en son pays
Tenter la chance c’est permis, non ?

Alors vas-y !
Et bonne soirée toi signataire
Qui singe bien mal les Hugo, les Lautréamont, les Voltaire
Dehors il fait un froid de Chine
Mais y paraît que ça t’inspire

Va donc ! eh ! péteur !
C’est tout vu : t’es qu’un prophète de malheur
Un Jérémie un abruti

Du genre qu’on proscrit par ici
Alors ramène pas tes frocs au bar
Et souviens-toi bien qu’une paire de claques
Vaut mieux qu’un escalier qui mènerait au paradis des zouaves
Même si la gouaille ça t’connaît,
Sache que nous en s’en battait
Avant qu’tu sois là
Comme un juge un scrutateur un déboussole-radiateur

Alors va-t-en
Va-t-en avant qu’on n’en vienne aux mains
Va culbuter les mots sur les grands chemins
Et faire ta rentrée littéraire
En compagnie ferroviaire

Suis ton cours tout simplement
Et fait pas suer les demeurés
Comme tu dois aimer les appeler
En maugréant

Me v’là pris au jeu des rimes...

Je te convoque en duel
Pour en finir avec toi
Mais que m'arrive-t-il ??

Ô Merveille...
Je me prends à ton escrime...


La noblesse de tes jours


Habillée de guipures
De dentelles de rosée
De gouttes d’eau épures
Tu parais enfanter

Des cortèges de beautés
Des tableaux épousant
le pastel étoffé
Par la lave d’un volcan

Que ne sommes-nous des anges
Confrontés à ce vrai
Porté par de l’étrange
Qui stipule et décrète
La couleur de nos blés

Aux fadaises toutes prêtes
Aux idées reçues
Aux vieux stéréotypes
Aux santons bien repus
Mille fois trépassés
Tu opposes la grippe
De nos enchifrenés



Tu t’opposes
Étonnante
Comme si plus fringante
A ces petites roses
Qui peuplent nos allées

Tu donnes à l’impure
Une chance d’aimer
Comme un cadeau qui dure
Dans l’aube assassinée

Les enfants sont des êtres
Qu’il ne faut pas blesser
Ah ! toi tu leur fais fête
De tant les approuver

Tu gravis les montagnes
Aux ravins de vertige
Et tu planes dans ton pagne
Avec l’art de la pige

Que souvent tu rédiges

C’est ainsi que je t’aime
A ne savoir t’aider



mardi 3 mars 2015

Guadeloupe été 2005
Retour des Saintes                                                                         "Rien, cette écume, vierge vers..."
                                                                                                                                   S. Mallarmé



Cerne de ton âme sur un azur cloqué
Dans l’absolue fenaison de mon Ricoeur salé
Que reste-t-il au fond de nos êtres falots
De nos épeires fermées
De nos pas alourdis de sabots délétères

Ce rein vermineux
Cette alopécie du souvenir

(Avec le rime à rien du va comme je te pousse






Et le méli-mélo du qu’en dira la voisine) 


Ce rien


 fulminant, grand écart du hasard
La rencontre fertilisée du square et de l’heure
A féconder…

Avoir les doigts émoustillés d’étoiles
Un cœur parnasse et morceau d’art
Truculent comme une nasse
Pleine de remuements

Dans tous les tremblements et les palpitations
Du vivant sémaphore
Espèce de fanal, de phare, et Belphégor
Surnageant dans la vase

M'enrichissant de rimes
Sélénotropes avec des vasques
Cimentées d’or



§ 3 alinéa 2 et numéro 4



Des chemisettes d’oripeaux
Comme des infusettes de tea-time
Et des gaufres de foire d’empoigne

C’est toujours à couteaux tirés
Qu’on reçoit le vert de la baie
Comme un ennemi qui ferait le guet du côté de Guermantes

Ou alors on pourrait le considérer comme persona non grata
Et revoir le data

Ça colle avec nos prévisions : le froid sévit chez les sans-abri
L’industrielle collusion avec les avantages sociaux réservés
Fait une kyrielle de petits riens à ceux qui n’ont déjà plus rien

Et revoir le data
Pour toute persona non grata

On ferait un système démentiel comme un tuyau percé
Et on serait dedans les autres ailleurs qu’ils se débrouillent
Et aillent au diable !

Paragraphe 3 alinéa 2 et numéro 4
Couleurs d’automne pour les uns sépia chagrin
Couleur d’été privatisée et nomenklatura
Sans bavures pour les autres

Amen et amen
Trois fois amen
Sur le bord cassé du trottoir d’à côté
J’ai tordu mon pied de nez
J’attaque la municipalité un franc six sous

Et toi tu peux aller crever ailleurs
Me dit le contremaître de la contrevie
Tu mérites pas la glaise qui colle à tes basques
Tu prévoiras toujours un vague cataplasme
Pour les clientes râleuses et les clients râleurs.

Ce texte n’a de sens que second
Il n’a ni queue ni tête, un seul est galop
Pas d’embrouille ni vue ni connue…
Sinon j’t’embarque






lundi 2 mars 2015

Retrouvailles à Nîmes



J’ai longuement désiré passer ce moment avec toi
Dans la voiture les kilomètres s’entassaient comme des feuilles

Et soudain je n’avais plus de place, ne voyais que le brun des feuilles mortes
Mes souliers étaient lourds sur les cathédrales de l’amour et de la vitesse

Et je fonçais, tendu vers toi comme une amitié délogée qui cherche ses repères

Étale comme un nabab, en proie au doute de la véritable sentence
Comme anesthésié par ta douceur qui s’approchait

Qui m’envahissait.

© M. M.
Je retourne au pays natal comme un garnement pris de nostalgie
Mes mains sont moites d’attendre le moment de te serrer dans mes bras

Et je sens crocheter l’aveugle que je suis
En proie à un désir d’aller plus loin et plus avant

Comme une porte qui grince
Mes boîtes à gants sont pleines
Et un sourire point à mes lèvres

Je suis rire, et retenu depuis si longtemps !
Je fonds comme un cierge dans un caveau béant

Et mon âme est si tiède dans les mélopées de la voussure

Que je m’endors heureux aux pieds de la rivière
Où coulent des jours heureux comme des ombres choisies

Et où le verdoyant embrasse
Le soyeux décor de tes guipures de tes dentelles

Dans l’âtre tu as mis un rideau sans pareil
La danse de tes yeux de tes mains de ton corps

Qui balbutie des merveilles et félibrige les étincelles
De la langue des preux contreforts de la ville

J’ai longuement désiré passer ce moment avec toi

Et maintenant tu sais je suis comblé comme un plein sac de froment

Il nous faudra relire ces contes étrangers qui nous faisaient grandir

Et bercés d’assouvissement nous lover l’un dans l’autre
Comme de petits enfants.


Effraction



Un rossignol à la main
Je grimpe le mur de demain

J’essaie de m’introduire
Moi et mon blouson
De cuir

Dans la villa du souvenir
Futur

Et je fracture

Mon arme c’est pas la surprise
C’est la nuit

Je sais faire quelques prises
Au cas où surpris

Un clampin chercherait
A me maîtriser

Un signe de croix
Et c’est parti

Ça j’y crois
Pardi

Je pense apercevoir
Le paradis

Et c’est pas pour décevoir
Mais il est bien gris
La nuit

Mon passe-partout
Me trahit

Me voilà pris
Et bien pris

Je suis chassé
Du paradis
Avenir bouché

Et tout le toutim…
J’ai plus de rimes
Pour pleurer

Mon cœur serré
Fait les cent pas

Devant l’entrée

samedi 28 février 2015

Mongin

J’aime le chemin qui mène à ta maison
Il sent le romarin il est plein de chansons
Mon pied s’y trouve serein et ma main s’y libère
En plus que de raison j’y ressens ta matière

Toi qui fais de mon cœur le havre d’une saison
Toi qui construis autour un beau caparaçon

O Célimène tes yeux me font plonger
Au tréfonds de ton âme si bleutée
Que l’azur lui-même y a perdu ses peines
D’arbre en arbre le geai voltige et s’y entraîne

J’aime le chemin qui mène à ta maison
J’y respire serein j’y suis apparition
Aux doux reflets d’iris aux magies télépathes
Tu sais quand j’y reviens : les essences délicates

Te préviennent de la calme et douce arrivée
Du moindre passager de ces senteurs cuivrées
Tu me salues de loin
Ton cœur en bout de main

Ici je sens mon cœur doucement qui se gonfle
Le chat au coin du feu fait le gros dos et ronfle
Mille sourires y accueillent le voyageur fourbu
Qu’entre tous tu auras comme ami reconnu




Et que tu fais asseoir et largement régale
De ton vin cuit crémeux
Et de ton rire joyeux
Faisant sortir ainsi le fruit de son écale

Combien j’aime le chemin qui mène à la raison
Celle du fin fond des bois purifiée sans façon
Celle qui rend l’art gracile et le temps parasite
Comme gui sur hêtre, commensal émérite

Le rivage est muet face aux assauts des vagues
Et moi sur ton chemin je pleure et je divague
Chaque fois qu’il m’est devoir de partir de chez toi

Et de sentir du jour l’insondable surpoids



LE BÉDÉGAR
génération agame...


La déroute tranquillement fait son lit en toi
Débâcle silencieuse sur les fonts de ton or

Comme un solide et charpenté bonhomme
Qui s’écroule sous les coups de butoir de l’alcool

Tu restes là comme une question pendante
Il y a rime et pâmoison
C'est un bédégar, galle abritant une génération agame
les larves femelles se reproduisent par parthénogenèse 
Je te regarde comme un enfant sidéré

Tu fuis sans bouger, et moi je te haime

Pourtant les vents ne nous sont pas contraires
Certain dit même que les astres nous sont favorables

Mais je ne crois pas aux astrologies de bazar
Ni à toutes ces nécromancies ridicules

Ce sont démons sans particule,
Foison d’esprits dévalués

Je crois au temple vrai de l’amitié
A ce qu’on peut poser sur l’art

Et qui respire en pleine santé, hormis
Les clochettes de la re-nommée sont silencieuses à souhait...
Quelque feulement de méfiance grise

La décrépitude nous attend au coin de la vie
Nous finirons blanchis sous le harnais des rimes

Et puis flanchant nous tomberons turpides

Comme le pan du glacier
Dans un fracas énorme
Mais que nul n’entendra

Ce qui veut dire sans aucun bruit
Pas même l’écho ne répondra



Las de la guerre
Désarrimés

Notre chute sera notre joie.
Peter Brueghel l'Ancien, la Parabole des aveugles, 1568
Musée Capodimonte, Naples

mercredi 25 février 2015

Une journée à Restinclières





Un florilège de pensées m’envahit
Ceci n'est pas une feuille morte de Restinclières...
Dans les sentes parfumées de l’oubli
Il y a cette allée qui descend vers le Lez
Caillouteuse à souhait
Pleine de doux attraits
Et aucun de mes pas ne me pèse

Les fragrances sont aussi volatiles
Que la liberté qui se veut si tranquille
Au muguet de ces herbes folles
On suit le cours d’eau arboricole
Les lentisques des aïeux
Sont les aromates des dieux

C’est dimanche, les promeneurs transis
Font de leur journée une aimable réussite
Et organisant au mieux leur fuite
Goûtent avec avidité le sein du paradis
On rencontre les jouvenceaux
Gorgés d’amour
Heureux
Eux
Ont déjà fait le tour
De la beauté
Et de l'amour

Dans la couleur brisée des hymnes d’hébétude
On perçoit comme une note, un trait d’inquiétude
Soudain le cri perçant d’un rapace nocturne
Fait le tour du château en sifflant l’infortune

Les mots se laissent bercer au cerceau des enfants
Un chien court en jappant
Et passe un oiseau blanc

Je trébuche intérieurement
Déjà l’heure de quitter
Cet Eden envoûtant

Ceci n'est pas non plus le château de Restinclières...
                        











Peupleraie habitée
          De mille coquelicots
                      Qui poudraient dans le pré
                                    Si haut
                                            Dans ma pensée

Le temps de dire adieu
A ses humbles quartiers
Le château
En haut lieu
Nous fait le joyeux cadeau
Enfin, ce n'est pas la crypte du château...

Ses sentiers lumineux
Dans son jardin drapé

A la française
Nous invitent à la danse
La lenteur
Ethérée
Et l’aise
De cette moiteur
Cendrée

Nous rentrons épanouis
Débordants et comblés
Nous sommes presque endormis
La crypte s'est refermée

Voilà, c’est la nuit










lundi 23 février 2015


Le jardin d'hier



Eglise de Saint-Père 



Tu m'as fait devant notaire
sans me donner le blanc-seing
payer le prix de tes terres
j'ai dormi contre ton sein

Thermes romains des Fontaines salées - Saint-Père (89 )
ce qui reste du jardin d'hier...



Terra incognita
reconnue vierge et sincère
explorée par mes bons soins
à ton arcade sourcilière

Ton foyer Sonacotra
avait peu de locataires
j'y ai logé mon enfant
mon petit devenu grand

Tous les pays de la mer
ont connu l'orbe armillaire
peuplé de millions d'âmes
que tu prends pour des ânes






Thanatos aux œuvres mauves
au fin fond de mon espoir
j'ai serré le temps d'un soir
les derniers fragments* de Plaute

Thessalonique de mes hôtes
dans le secret de l'alcôve
les vapeurs de ton alcool
me desserrent le licol

Tu m'as fait devant notaire
- j'ai dormi contre ton sein -
payer le prix de tes terres
sans me donner le blanc-seing

ni que s'écrive le mot : FIN

* Voir notamment Bis compressa ("la femme deux fois séduite") et Commorientes ("ceux qui meurent ensemble")

lundi 16 février 2015

Encor' ou la déhiscence du je




Je parle un langage inconnu
Dans l’arbre de mes inconscients
Il reste un plumitif qui escribouille

Un écrivassier de la pleurniche
Sorte de secrétaire au bleu taché
Avec une écritoire sale sous la bouille

Je frime comme un cheval fringant
Avec l'orémus du muezzin je papillote
Encens fumeux et grisaille sur commande

Comme un enfant perdu dans ses rimes
Comptant les pieds courbant les iambes
Je bricole d’insolents réconforts

morceau d'arc-en-ciel comme tombé sur la ville,
piège ahurissant qui ébouriffe ce monde
Avec la platitude acidulée d’un mort-né
L’encéphalogramme écrasé d’hébétude
Une sorte de prurigo incertain et vétuste

Me rend fatigable et vengeur

Retour sur l’avenir aux grimoires blasés
Débarrasse avantageusement les lointains
Comme je pars vers les gués amochés

Vers les grèves encombrées de coquilles
Quelques sarraus déchiquetés font tablier
Et l’hymne sanguinolent des flots parapheurs



Comme si tu me comprenais toi autre et même
Dans les endroits peu fréquentés où je me fais
Engluer d’organique et de prismes plastiques

Gravement je hoche la tête d’un air entendu
Je cravache pourtant dès la déconvenue du matin
Avec le doux soleil qui tend à l’horizon

Ses pièges ahurissants qui ébouriffent le monde
Ce monde entreprenant qui corrige mes erreurs
Par un revers de main d'un dédain soupçonneux

Alors je reste là, pensif et absorbé
Essayant mes compas, dessinant des tablas
Y promenant mes pas, en caressant l’idée

D’un poème interdit, d’une veine sirupeuse
Qui anatomiserait
Tu ranimeras la flamme d'antan
l’essence de mes rides
Et transformerait tout, comme un Prince rieur

Fait de la mèche qui fume
Un peu de vie

Encor'







dimanche 15 février 2015

L'accident



Matin blême mâtin même     sortie d’autoroute puis sortie de route
Fossé et fossette    faucille voie d'fausset               la radio crache sa musique             sirupeuse et violente                                         dernier virage avant l’après

Je reste pantelante     mon cœur mon cœur bat faiblement mon pouls
Dans le stigmate             de mon poitrail          il y a le trouble

Survivrai-je à la vie              au vide de mes crimes
Ces erreurs pour lesquelles                  tu viens me chercher       ces pourquoi
Je sanguinole comme une larve coupée                            en deux parties     sur la chaussée
On me passe la camisole            je ne peux plus bouger       je suis enfermée

Que de paroles autour      un tourbillon de tourbe                  je suis fourbue
Mon père m’a rappelée à la conscience                          je donne mon consentement
                       Jaillissent les herbes maculées sur le talus      il y a des taches sur le basalte
     
Parler parler pour ne pas perdre la face      je crois que le sang monte à la gorge

Je sens comme une présence chaude     contre mes joues    je déglutis du rouge à lèvres   liquéfié
Dans les arbres   des oiseaux noirs                   se sont posés             oseront-ils             me décharner

Une éternité est passée               vient une autre éternité
La sirène froide    me tue à petits feux            je respire avec un masque à oxy-danse

        Les soubresauts de la gueule rouge    me font ahaner en silence
Dans les rues    j’entends le sifflet      le hurlement du laissez-passer
Quelque part non loin     quelqu’un pense un jour moi aussi     j’y serai
Dans l’ambulance

Les gens ont couru lentement   autour de moi     ils ont     des gestes saccadés     émasculés
J’ai posé mon regard   au moins vitreux   sur le sourire d’un médecin


Elle est jolie a-t-il pensé

Je reste en vie   je reste en vie   envie
J’attends j’attends on prélève un peu plus de sang
L’infirmier parle    ou est-ce le médecin-chef                              il parle dans ses dents
Je serre les miennes                     contre ma poitrine                   je sens l’étau
Ma mère s’affole    elle s’évanouit dans le lointain                       je reste seule
Au milieu d’une foule    immaculée

Dans la voiture mon enfant                                                  Je demande à le voir     je le crois disparu
On m’affirme que non   je pleure encore       jamais on ne m’aura autant menti
Me dis-je et   je supplie encore     pour le voir ici maintenant
Les hommes ont un air d’ennui                 j’ai compris je m’effondre
On m’affirme que je le verrai après                   mais après quoi     je veux le voir     je veux le voir
                                le serrer contre moi             lui redonner mon souffle

Les allées sont montées          par des gens en armes
Les couloirs de l’après vie             s’ouvrent devant                                     mon âme

Maria-Helena VIEIRA DA SILVA, Intérieur rouge, 1951 (détail, renversé)
Je ne crois pas à l’après vie                   me voici          dans une salle éclairée
Par une lampe étrange           qui rappelle                le stroboscope des boîtes
De nuit
Dans le souci de bien faire                              je me suis                 endormie
Soulagée d’un enfer           et pardonnée depuis
Par les médicalmants

Un jour ou l’autre il faudra je crois
Qu’il y ait la pluie                                      
   sur les taches rouges de la nuit



© Michel Marchand, tous droits réservés



lundi 2 février 2015

J'aime la mésopotamie





J’aime la mésopotamie de tes seins
be mysterious... by Ewoud van Rijn
Mon cœur a souvenir des rimes d’autrefois
Et je languis de revoir ton demain
Comme il me tarde de revenir à toi

Ces lumières authentiques d’autochtonie guerrière
Dans le monophonique désir : connaître ce qui est autre
Il y a toujours une mémorable première
Mon cœur trouble mes tempes sous le boisseau d’épeautre

J’aime la courbe sinueuse de ton regard,
mon âme a pardonné l’outrage
Des ans passés à te chercher, coupable en manque de lucidité
Si tu veux construire le partage
Je suis l'écoutille du firmament pourpré

Savant autiste et enfermé dans son donjon
Le seul suintement des remparts me gorge de regrets
Je m’immisce discrètement dans ton passé
Je garnis les flûtes de Pan parmi les joncs


      
be useless... by Ewoud van Rijn

Si je savais être cohérent, si mon amour faisait décor
Je serais puissant comme un fils d’homme
Je bâtirais une cathédrale et pas un château fort
Et le vent frais me porterait vers l’Économe

Alors je briserais les lames
J’inventerais un autre continent
Et nous serions sertis de charmes
Une forêt neuve dans un étang

Un cri de joie dans le présent

J’aime la mésopotamie de tes seins
Mon cœur a souvenir des rimes d’autrefois
Et je languis de revoir ton demain
Comme il me tarde de revenir à toi...








Anniversaire de mariage...
2010

Maladroitement vôtre...

Pour ainsi dire le temps est passé vite
(Et la vie aussi comme un grand train de nuit)
Sept ans de vie commune sept ans d’envies
(Et la vérité de l’amour au bout du rite)

Je pense que vous étiez faits l’un pour l’autre
Un vide immense a été comblé dans vos cœurs
(L'être-deux pour se confronter au malheur)
C’est toujours mieux de voir par la fenêtre

Le bout du tunnel et la fin du cauchemar
(Pour deux âmes blessées deux êtres qui souffrent)
Quand on s’éloigne un peu du gouffre
On se réchauffe le cœur pour un nouveau départ

Je vous souhaite encore au moins sept mille ans
De connivence et de bonheur partagé
Et qu’au tour du chemin vous ayez le printemps

(Métamorphose de tous les champs de blé)

Champs de lavande à l'horizon du Luberon
du côté de St-Jean-de-Sault