jeudi 10 septembre 2015

Postmodernité et espérance

            Quand on lui a demandé s’il croyait au Diable, l’historien Jean Delumeau a répondu : “ Comment pourrais-je nier le pouvoir du mal quand je vois ce qui se passe — et ce qui s’est passé — depuis que je suis né : la Seconde Guerre mondiale qui a fait plus de 40 millions de victimes, Auschwitz et les camps de la mort, le génocide cambodgien, la tyrannie sanglante du régime Ceaucescu, la torture érigée en système de gouvernement un peu partout dans le monde... La liste de l’horreur est interminable. [...] Je crois donc que nous avons raison de qualifier ces actes de ‘ diaboliques ’. Non parce qu’ils seraient inspirés par un Diable encorné et aux pieds fourchus, mais par un Diable, symbole de l’esprit et de la puissance du mal à l’œuvre dans le monde. ”
Dimanche 15.01.12
Je ne pensais pas que la vie me viderait peu à peu, j’avais la joliesse et la figue-plénitude de l’énergie juvénile, j’avais les montagnes pour amies et les vallées de douleur pour ennuis, mais je ne pensais pas que la vie se suiciderait autour de moi, que le monde tournerait à l’aigre et que le goût des temps révolus se masserait comme ça autour du boson de Higgs de la Nuit.
Deux chevaux contemplent la vigne nue aux poings tordus tendus vers le ciel


Non, je ne croyais pas à la mort au bout du monde, je ne m’appesantissais pas sur les rondes dubitatives et mortelles de la pollution aérienne, de la pesanteur des atomes brumeux qui forment comme une croûte "protectrice"


autour de nous. Les nouvelles vont bon train dans la stratosphère et la biosphère, et les dépressions maniaques de notre société conduisent l’homme vers une demeure « de durée indéfinie », comme dit si bien la Bible, j’avais comme une impression d’infantilisme dans les jeux interdits que l’homme se plaît à inventer, une impression moderniste et culturelle de la vie en société, où je déplorais le peu d’amour véritable et les enjeux internationaux de la famine dans le monde semblaient me conforter dans ces apprentissages de la sous-jacence des mondes clos.

Qu'y a-t-il de plus désarmé et nu que les ceps de vigne en hiver ?
Maintenant, je suis donc insidieusement, intimement persuadé que le monde va vers sa fin, dans un avenir plutôt proche, d’ailleurs le sort des nombreuses espèces qui disparaissent de notre globe est comme le début des métastases douteuses et possiblement létales qui s’installent un peu partout dans le tissu du vivant. Je suis donc pessimiste quant à l’avenir, postmoderne dans mon acceptation du monde, in-toléré comme un parasite suceur de sang dans le stigmate de nos vies ratées. Maintenant, et pour longtemps, je ne crois plus guère qu’à une chose, pas une chose nôtre, pas une cause entièrement nôtre, mais une chose, une cause, qui dépasse le simple entendement de l’homme, aussi instruit et fidèle à la vérité qu’il puisse être. On parle de démon, de horlà, de spirituelle influence - de néfaste à mortelle - , de cet ennemi princeps, le Diable.
Non, je ne crois plus en l’homme, je dépends d’une croyance en un inhumain fournisseur de diktats, en un fabricant d’oukases, en un prévaricateur en chef, tête de file de l’ensemble des humains, qui les conduit vers une dernière demeure : la tombe. Tout le monde suit, tout le monde tombe, tous meurent de cet olibrius énigmatique et grotesque. Ou presque.
Pourtant, c'est le cycle de la vie qui reste notre amie et la lumière des hommes
Nous nous croyons libres, nous autres humains, non, nous sommes enchaînés, nous nous croyons autres, nous sommes déboutés de notre foi, nous sommes les marionnettes, les clowns, les fous du roi et de la Loi, nous sommes comme des pantins entre les rires du Diable, soumis aux caprices de la nature et de la mort, soumis à l’improbabilité du monde, à l’inanité physique, qui nous emmène tout droit vers l’inanition clinique de notre esprit et de notre cœur.
J’aurais voulu changer le monde, mais personne ne m’a cru, sauf des niais, à croître comme un brun sépia sur une photo ancienne, à croire que j’en suis un, non, je n’en suis pas un, dites-vous, je suis LE niais.
Mais je le niais. Et ma naissance est un travail sans fin, je suis comme constamment accouché de mes niaiseries, et oh ! tout ce que j’écris a le goût et la cendre de la niaiserie naissante, de ce nystagmus de l’âme, qui bleuit l’œil ou plutôt la vision et empêche la simplicité.
Même au coeur du béton on peut lire la liberté éternelle de la vie qui triomphe de tout...

(...) Au fond, ce qui compte de notre embrouille, ce qui danse dans nos yeux délavés, ce qui parle au fond de nous, c’est les techniques qui l’ont détruit et qui l'achèvent, cet aion, ce système,  c’est l’aveuglement des machines de guerre, c’est le prééminent linceul de nos technologies de destruction de masse. Car il ne faut pas croire que nous désarmerons, non, il y aura la Guerre, je le crois, il y aurait belle lurette que ça se serait fait, si ça devait se faire.
Notre peau est un peu de chagrin, notre tambour n’a plus de peau, ni de caisse de résonance, mais seulement des baguettes pour frapper sur la tempe des hommes, des femmes, des enfants, de tous les innocents du monde perdu.

Et pourtant, je crois vraiment que l'amour vaincra la mort et l'idée même du Mal. C'est la seule chose qui me sauve, en quelque part que ce soit. Garde toujours l'espoir et l'espérance comme deux des anses ou côtés d'une ancre pour ton âme. Il n'y a pas de désespérance plus mortelle que celle générée par l'auteur du mal... L'antidote à la mort, c'est le Créateur souverain qui la fournit. Il nous prendra par la main sur le chemin celé qui mène à la vie véritable.

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