mardi 26 mai 2015

L'enfant et le dévaloir...

L'objet encombrant


Maman m'a mis dans le vide-ordures
Le grand couloir si vertical
Le dévaloir...
Comme d'autres vont au caniveau
Au dépotoir
Ou au congél'

J'ai l'impression qu'j'suis de trop
J'ai étreint le sein sans pétale
Et voilà donc ma sépulture ?

Non ! Dans mon Enfer j'ai eu du pot
Le choc a été amorti - pour sûr
Il y avait au-dessus des poubelles
Merveille
un gratin de choux de Bruxelles
Où suis-je donc né ?

J'suis le ramasse-miettes du désespoir
Surnuméraire
De cinéraire


(J'suis comme dans un tour d'abandon
C'qui vaudrait mieux que ce cloaque
Ein Tag für die Babyklappen
Culla per la vita :
La vita è bella...
Baby hatch
(Hatchoum !)
こうのとりのゆりかご 
Kō no tori no yuri kago 
Berceau de la cigogne



赤ちゃんポスト
Akachan posuto
Boîte à bébé
(ou boîte à grands...)
Schweizes Babyfenster...
Fenêtre sur cour (!)
Si era español
On m'appellerait Esposito,
l'exposé, 
...déjà sevré ?...)

Je pleure comme il grêle
Et les éboueurs
Me déterrent

Ma mère j'peux pas lui en vouloir
D'avoir choisi un exutoire
Et pis j'veux pas qu'on l'accuse
Pasque j'aime bien les toboggans
C'est mon excuse rédhibitoire

Et son visage... lumière diffuse...
C'est comme un trou dans ma mémoire...
De survivant




vendredi 22 mai 2015

L'hère et la chanson



Notre société masque les souffrances et la mort,
les déchets et les miasmes, les souillures et l'immonde


SDF au féminin, ombre de la rue, habillée de sacs poubelle


Hurlez chiens de morgue et de sinistre augure
Hélez la souveraine des murailles de Saumur
Faites retentir sur les toits sombres
La grande nouvelle venue des ombres

Lazare est mort enseveli
Le dépotoir est bien rempli

Il est parti entrailles viscères
Dans le creux de la terre-mère

Ce soir
Lazare
N'est plus

Il n'a plus à chercher
Les pourboires de la rue
Les déboires de la mouise
Les squats abandonnés
Les poubelles alléchantes 
Du boulevard des Atlantes

Hurlez chiens de cariatides
Qui léchiez l'ulcère putride

Hélez la reine des murailles de Saumur
Faites savoir dans les chaumières étoilées
La nouvelle née de sinistres augures

Notre belle société peut s'en emparer
Et le canoniser :
Il a fini par crever
L'Impur





lundi 18 mai 2015

Ce faux poème est-il de moi ?
Le vrai self s'exprime-t-il là ?


Je ne suis plus un poète
Seulement un assassin
J’ai tué en moi l’être
Qui vivait sans venin

J’ai parlé au mort ce tueur
J’écris mon propre malheur
Tel un trésor que j’enfouis
Au fond de mon cœur contrit

J’écris l’infini avec la douleur
J’écris l’infamie et son impudence
Je rime de toi les dernières croyances
Comme un sombre et mauvais parleur

Oh ! ce rythme effréné des secondes
Qui bouscule le blé vert de mon monde
Et renfloue les cimes étrangères
Dans un recueil de hauteurs altières
Comme cette statue "ausculptée" de nuit à Lisbonne, et qu'une étoile éclaire, mes mots 
sont devenus des êtres austères et discrets qui éclairent -faiblement-
le sens suranné de la vie...  dans la grand'nuit de l'oubli

Las ! la ronde est folle et perverse
Je tente en vain de quitter l’averse

Sous la pluie battante de mes peurs
Mon âme est détrempée comme un pull-over

(...)

Je ne suis pas un poète
Mon art est une imposture bête
Et rien ne sert de croire en ça
Seulement la force de la joie

Ma joie elle est neuve et entière
Elle répond présente et parfois
Elle me tend une longue rapière
Pour batailler avec l'aloi

(...)

(J’ai trucidé ma poésie
A force de sanglots sémantiques
Ses jours de toute manière
Étaient comptés
Pour de bon
Mes mots ? des dents cariées
Qu’on ne saurait couronner
Il faut don' les arracher
A mon péricarde nostalgique
Et ne plus me mettre à la question
Une pitrerie de plus - ou moins...
Dans les soupentes de la raison
Qu'est-ce que ça change aux lendemains)

Tous mes objets transitionnels
Vont quitter le navire à la nage
Je suis un bien singulier pluriel
De la quatre-vingt-dix-neuvième page...



dimanche 26 avril 2015

Souvenir d'une amitié


De l’amitié comme une courroie
Flexible et tendre à la fois
Elle retransmet à distance
Passions vraies et vraie portance

Si nous sommes séparés, dis-moi que tu me feras un signe, un signe doux et discret, comme un air fredonné, comme un soupir échangé
Dis-moi pourquoi le temps passé a passé aussi vite plus vite bien plus vite le scélérat que ce que je voulais
Nos âges différents nous ont cadenassés, nous repoussions les différences, nous tentions l’image de notre errance, nous trépignions dans notre attente
Nous étions liés comme des années, qui se succèdent ou se précèdent
Nous avions connu l’incertain, ouvert nos mains à ce chagrin, la maladie comme si fouaille, comme si harasse nos écrins, comme si le temps nous était vain
Nous allions bras dessus bras dessous quand tout à coup plus de vérité plus de lutrin cette absence accumulant la douleur de nos présences le chagrin de nos essences
Dans la rue les bruits quotidiens
Comme une âme épinglée, cette figure de cire...
L’horloge chante son refrain
Il ne faut pas faiblir demain

Nous allions comme deux âmes en peine, perdus dans l’océan des voitures
Chercher des provendes et revenir las
Chargés de ces fruits de ces mains
Couleur de vie et de lendemain
Nous errions fixés sur un but, englués de partages vains comme sériés par la douceur du retour
Dans les rues par les champs face aux tours
Si nous pouvions retenir le sable dans nos mains ramasser tous les coquillages de cette plage où somnolent des restes de crustacés, où gisent les algues et les embruns
Nous aurions une fête tous les matins nous ferions rire nos élans, habités par la froideur vive de l’air sec d’un hiver sans fin
Nous ferions le tour de nos détours, nous irions encore à Sigean, à la ville et à la garrigue, ramasser des trésors sains
Oh douleur aux messages pareils qui faisaient déchirer les vêtements des rois dans l’Antiquité émerveillée de nos regards de guingois
Oh que d’eau est demeurée immobile sous le pont des ans qui nous ploie
Que de prisons nous ont libérés, que de mots séparés puis réunis dans la joie
Que d’heures se sont déroulées comme un tapis sous nos pas

Nous allions comme deux âmes en peine, perdus dans l’océan de verdure
Avec nos souliers et nos lois, étudiant le moindre cri le moindre pas
Tu reconnaissais la dytique, tu étudiais l’éphippigère, la mante, les cétoines les scarabées et les copris tu faisais des houles une prière, du vent contraire un appui
Toujours première pour la guerre à l’ignorance qu’on nous a prise
Toujours en face de la maladie, de la force qui faiblit, de l’âme qui plie

Ψυχή, en grec, veut dire âme ou papillon...
Nous restions dans l’ombre légère
Deux arbres plantés de travers

Nous allions toujours vers plus de lumière
Dans l’espoir fou et sécant de la terre

Ces arbrisseaux que tu semas
La vie quotidienne  du passé est comme fossilisée
dans ce château musée (St Fargeau, 89)
Poussent aussi de leur force juvénile
Vers le grand couvercle de plomb
Qui fermait ton horizon

Si les valeurs se perdent autour
Jamais pour toi il n’y a de bourde
Tu gardes droite ta tête lourde
Et tu unis vie et amour

(...)


Comme deux alcooliques de l’amitié
Deux espèces de reliques passées
Dans un encor’ retentissant
Aux mornes et douloureux accents

Liberté de vivre emmurés
Claquemurés exactement
Dans le malheur la maladie
Une espèce de prison-étang

Liberté de vivre las
Dans la minceur et le trépas
Comme deux animaux surpris
Par le piège qu’ils ne pensaient pas

Maintenant de vie à trépas
Les sabots crottés sont si bas
Pour coller un peu de sa glaise
A nos semelles de mélèze 

Pour cueillir un peu de c'te terre
Et en faire une bel' misère
Le symbole vrai d’un pourquoi

Pour cueillir un peu de l’amer
Tenter une fois encor'
Une fois de plus bis et ter
Entonner ce chant de la mer
Et retrouver la force et la joie
Dans un glorieux corps
Cette fois

Amers nous allons vers la fin
Comme des étourneaux 
Dans le fumant fourneau 
Du fond du puits voir l’œil du ciel...

Nous reposons nos tristes combats
Dans la tourbe de nos derniers pas

Amers nous allons vers la fin

Pensifs nous tournons nos cœurs vers la foi
Demain sera-t-il bien pour nous ou pas

Le doute meurt doucement dans nos bras
Et nous nous couchons dans le froid
Comme des oiseaux de grand frimas

Pour nous enfin sonne le glas

Hautains nous ne l’écoutons pas

Nous demeurons, absents, 
Absents et... et pourtant
Tellement là


jeudi 23 avril 2015

Famine verbale et pneu crevé

                                                                           on voit pas quoi
                                                   on voit pas pourquoi
                                on sait pas quoi
           on sait pas pour quoi
                                                                                      les mots ne marchent pas
                        les géants courent le monde
                        comme des dératés                 au fil des secondes                             comme des rats
                                                 je pense que la vie reste coite
                                                        oui coite        il faut le leur dire
                          que les mots ça marche                       ça vous dédouane de la violence
                 même si parfois

                                           je pense au pneu crevé de ma couleur préférée



                                                         et je parie fort bien             que            tout cela est sans (grande)                                   conséquence
                                  Je pourparle et tu t’assois dessus
              ô les larmes que ton corps laisse passer
                                     ah ! et les parangons de l’abstrait les paradis du baiser raté        je me            hisse sur le mât de misaine et                                                          je zyeute le passé de mon avenir
                                alors me dis-je c’est raté            ma vie est ratée je crois bien
               qu’un jour je comprendrai ça             je serai las à ce moment précis et fatigué de vivre entre                   guillemets
                                               comprenez mon espoir gâché mon sentier bouché
           ma crise économique
                                                  et surtout ne parlez pas restez là à écouter comme des soldats de plomb                                      comme des santons de néant
                                                           ah non pas comme des santons

                     des plantons sans arme chargée 
                                                 si vous voulez si vous voulez 
              comme vous voulez
les mots me manquent                           les mots à moi                       ils ont déguerpi du côté
                       de l'abstrait                                     de l'absence                       et des lois
                                                             c'est une fin tu vois                      une fin de non recevoir
             pour cet espoir                   de mettre fin                         à la guerre des hommes
                                                                                 contre la faim
pourtant                     pour autant                              il suffirait                         de  presque rien
                        alerte                             aux morts                         des mots                           aux   mots
                                                                                                    des morts

mardi 21 avril 2015

"O quelle éternité d'absence spontanée
Vient tout à coup de s'abréger ?...
Une feuille qui tombe a divisé l'année
De son événement léger."
Paul Valéry. Equinoxe. Elégie (To look...)

ce matin en rentrant j’ai trouvé une feuille verte et brune,
Tableau-broderie réalisé par un(e) jeune artiste chinois
mais sans excès
par terre
sur le carreau
je l’ai admirée comme un cadeau du ciel comme un oiseau apprivoisé
qui serait venu manger dans ma main

c’est une feuille d’acanthe ? c’est une feuille d’acanthe ?

je ne sais que penser de la vie qui se meut comme une bataille gagnée

gangrenée de souvenirs
qui s’effritent dans ma tête et font la queue en attendant la suite le grizzli de mes ombres et mes doutes partagés

ce midi j’ai trouvé le signe que j’attendais
je le dis dès maintenant

je voudrais t’épouser


mardi 18 septembre 2007

dimanche 19 avril 2015

J'aime le bazar, le souk, la profusion exotique et les colifichets de toutes sortes...
Vernet-les-Bains, en été...
C’est dimanche. Peu de choses ont plus d’importance. Le temps réservé à soi, aux autres, à l’Autre. La vie coule comme une boucle du Yangtsé, un méandre nécessaire et un mal contingent. Les horreurs se diversifient et se pragmatisent, qui déballent leur camelote dans les rues de mon temps intérieur, de mon temple extérieur. Des soldats passent, chemise brune pour des soirées de rodomontades. Derniers petits cachalots dans la Mare Nostrum de mes centres d’intérêt. Clientélisme de l’absence et démarque ultime du printemps passé, en plein cœur de l’hiver. Un hymne à la douceur de la paresse et à la nonchalance de sa mansuétude. (...) Les oliviers sont flous, comme étirés par leur portée, comme tendus pour le dénoyauteur crédule des heures. (...) Nous sommes la proie de nos organes déboutés, de ce matériel qui nous équipe et nous rend mal bienheureux. Que faire de nos simplicités d’âme, de nos silences de prolongement, de notre accorte inélégance. 

Que dire après tant d’autres moi, lovés dans l’indifférente marée humaine de nos prédécesseurs. L’originalité de la pensée, le biseautage de l’intellect, l’ornement post-rhétorique, tous les petits encarts de notre ami intime,
长江第一湾, courbe du Yangtsé, 2011
semblant se faire appeler Désiré(s). Car nous avons tout le saint-frusquin de nos plèvres, de notre sternum, de notre dure-mère et de nos méninges. Entassés dans les courbes de notre crâne ou de notre cage thoracique. Gagner de la place pour que perdre la vie soit une énigme insupportable. Évoluer vers la conscience de ce néant qu’est la mort. Je me perds dans ces friches très connues, comme si je prétendais explorer le coin sombre de notre impasse, de nos impossibles, de nos indicibles.


Car si loin que nous allions, c’est toujours au bout de nous-mêmes, et le vaillant caparaçon que nous nous sommes offert pour ce tournoi absurde est un carcan qui nous immobilise, une concrétion calcaire au bouge de notre déploiement silencieux. Bouge, bouge, bouge. Toujours le trirème de notre incompétence, et même de notre sauvagerie  tellement refoulée, régurgitée pourtant dans les mots. Notre inappétence à la sève même de la vie. Tentés d’y mettre une majuscule, nous la noyons dans notre vaine et dérisoire tentative d’opuscule. Nous sommes les maîtres de ce que nous mangeons. Point. Comme des arbres, nous nous recroquevillons dans notre enracinement, cachés comme l’aubier derrière l’écorce rugueuse et souvent habitée. Ah si seulement je savais rire. Si seulement nous étions libres de rire et par là-même d'enchanter ! 
La nature n'est-elle pas profuse en ses mains tendues ?
Une boutique à Villefranche-de-Conflent (Pyrénées-Orientales)
Que de ramures épaisses et vraies dans le cyprès de nos remords. Je serais libre de dire rats morts, si ce n’était pas une vanité de plus. Une boursouflure. Une sorte de codicille à mon insuffisance, à ma préférence de cachalot dans la Mare Nostrum de mes cent intérêts. 

Si et seulement si. Avec l’humour déteint le linge, et les couleurs criardes de la vérité s’amortissent ainsi. Les convocations du rire sont bifides. Je voudrais dire les comparaisons. Elles s’ameublissent en mottes de beurre sous un couvercle translucide. Méta amphores de mes impavides moiteurs, Nicéphore Niépce comme lors de la découverte tremblotante de la capture de la lumière. Comme reflet, certes, comme leçon, pas. 

Les mots sont là pour me piéger, avec leur évidence d’hermétiques. Ils ont une pâleur d’indigènes et un pastel de natifs.Car les fumigations sont partout présentes dans le désert hurlant. Et rien ne saura les remplacer plus vite que le feu sans fumée de nos intolérances gastriques.
« L’homme sait d’abord, ensuite il comprend, tertio il voit ou croit voir et brode. De même le vrai poète crée, puis comprend… parfois. » (1) Je ne suis pas sans doute un poète, car je ne comprends pas ce que j'écris, et si mal ce que d'autres ont dit, donné, partagé, au vent mauvais...



(1) H. Michaux – Misérable Miracle. La mescaline. Gallimard, 1972, p. 66

samedi 18 avril 2015

Attention peinture fraîche

Demain à la fraîche
J’irai voir si tes tempes ont grisonné
Si les sourires de tes yeux ont creusé
Leurs sillons
Saint Léons, Aveyron


J’irai voir si tes reins ne sont plus alanguis
Si tes mains écrivent toujours 
les arabesques de l’ennui
Ou si tu chantes guillerette et enjouée
Avec l’amour pour aiguillon et même si l’année

Passée à m’attendre n’a pas privé tes doigts
De temps et de pavois

Attention peinture sèche
Mon âme est craquelée
Comme une terre brûlée
Et je suis tête-bêche
Avec mon air d’y croire
Contre vents et marées

Mais je ne t’en ferai pas accroire
Toi qui as tant vécu de rêves
Et qui, au contraire d’Ève
As vaincu le dragon laineux
Le serpent venimeux
Taille de guêpe, Micropolis...
Et le sycophante méritant
La leçon que tu lui as donnée
Céans

Attention peinturlure
Badigeonne et rature
Souviens-toi des ordures
Qui t’ont traitée comme telle

Cousins des infidèles
Fieffés montreurs de Jézabel
Comme revenus à la raison
Mais fous si fous tout au fond

Attention : le symptôme
Cache la forêt des hommes
Et te fait vider la place
Comme par contumace

Attention peinture fraîche
Amie tu restes fraîche
Et je t’aime comme un rai
Dans un grenier
Soleil perché


mercredi 15 avril 2015

Amour empenné de misère
Matrice de nos douces rémissions
Dans l’harmonie de belles terres
Tu fonds mes crues rédhibitions
北京, Beijing (Pékin) détail d'une 四合院 (maison traditionnelle)

Amour saluant la rivière
Qui coule entre nous et l’autre
Tu nous fais mauvais apôtres
Des rimes aux poudres délétères

Amour ô vraie âme du jour
Comme la Reine Esther
Un sel minéral impair
La trouvaille de nos atours

Amour aux sangs mêlés
Aux rythmes renoncules
Amour aux tanches tranquilles
Dans mon cœur minuscule

La clandestinité
 Xi'an (西安), détail de la tête d'un soldat de l'armée de terre cuite
Des vases tu remues
Tu nais et tu meurs nu
Sur les murs de ma ville
Tu me parles d’éternité

Amour cadeau empoisonné
Quand tu es emprisonné
A dose infinitésimale
C’est alors que tu fais mal

Simple cueillie sur le chemin
Graminée brize intermédiaire
O toi ma plante florifère
Tu nous conduis jusqu'à demain

Tel un Vaporetto cinglant
Petit radeau au fil du temps
Qui nous amène vers cet îlot
En clapotant tout doucement

Vers le feu unique et si beau

Vers le Père qui est en haut



lundi 30 mars 2015

7 janvier 2007            "J'ai barre par les mots sur la réalité", Louis Aragon

          Dimanche, jour d'ennui et de mortifications...

Le concert n'a pas encore commencé...

          Jour où la pluie descend le long des vitres, où dansent les reflets sur la peau de la vie, replet de satiété creuse et d'ennui créatif. Je suis là, tu es là, nous sommes à bout de course, enfumés par la broussaille de nos cheveux en bataille, les yeux embués de demi-larmes, dans le semi-deuil de nos années perdues, dans le vitrail glauque et profond de nos globes riboulant comme des billes dans un flipper. Nous sommes visités par deux abeilles au calme doux, à la suave haleine de notre café. Comme revenus vers la campagne duveteuse, aux rythmes lents, sans saccade, aux danses en habits traditionnels, menuets éclos dans les après-midis comme des œufs qui laisseraient - enfin – échapper leurs oisillons curieux de tout. 
          Nous sommes fous d'amour, fous de tout. Deux enfants au cœur du monde dérivant tels des filets qu'on (« on » est énigme) récupérera un jour dans l'assaut des vagues du littoral. Un soupçon, l'ombre d'un doute, le bord d'une mer en effet, une cuillerée de vaniteuse dérision, et nous nous armons de la patience vaporeuse de notre cafetière, mauvais percolateurs, engins troubles entre le blanc cassé de la vie et le noir du café.
ou c'est l'entracte... Opéra Berlioz à Montpellier
Je crois avoir vraiment perdu confiance en moi, me laisser égarer par les mots qui fuient le réel en le recréant...
          C'est comme si j'avais avalé une sorte de détrompe-la-Mort avant l'heure, tout un hémicycle de députés en proie à une fébrile agitation (j'allais écrire « adoration » : c'est que le centre les regarde, et que, insensiblement, il les attire ; il faut un point focal à notre déraison parlementaire.) 
          Écrivons sans avoir rien à dire, me souffle le vent, n'écrivons que pour la beauté du geste, pour le doux délire de vivre un peut-être d'éternité. Alors nous aurons admis notre petitesse, le flou de la pensée, l'imprécision qui fonde nos décisions. Laissons nous donc emporter là, là où l'incandescence est vivante, comme un œuf déposé dans un autre œuf, qui se perce et éclate et berce le néant. Et peut-être demain le mystère s'éclaircira qui vibrant et têtu, comme un champignon hallucinogène, empoisonne le fétu de nos râles.
          Il mesquin qui me semble. Qu'avant j'avais des idées, que soudain quelque chose s'est figé, en se brisant, sans éclats, sans débris, sans rien en fait. Une fausse persévérance aux ameublements hautains. Je ne suis pas écrasé, mais je m'écrase. Je ne suis pas boueux, mais je m'ensable, je dépéris, je m'envase. Je heurte le sens commun, et je me fais mal, je me décante. Ecclésiaste des mots, je me dépatouille comme je peux, rameutant leur troupe, dansant comme un gymnaste déréglé et déporté par le courant. Celui des idées perdues, des jamais sortants... Je mure mon silence dans notre conversation. Je me cogne contre la vie, comme auprès d'une source sous-marine, dans le déversoir de toutes les eaux usées collectées par sondes. Mon art ne subsiste que dans mes allumettes grillées. Des fêlures sans discordance, des désirs sans lendemains. Des brisures dans la glace qui ne permettent pourtant pas de connaître l'humain. Cet humus qui respire, ce terreux qui s'encolore et qui nous encolère. Quoi, cette vaguelette, ce rien, et cet impact de météorite au beau milieu d'une terre désertique.

          Car le désert avance !

                     ... A l’angle de l’hiver












Quand rugit le silence
Et qu’entrent dans sa danse

Les insectes graciles
Qui chassent le triste sire
De leurs ailes bourdonnantes

Comme bourdonne l’eau qui sourd
Et trace très longtemps
Un sillon de fraîcheur
Sur le fond du vallon

Déjà loin le dégel
Et le fracas des glaces
Qui tombent et se brisent
En milliers d’étincelles

On perçoit très confus
Le trépas de la Nuit
Dans sa robe de moire
Et son grand châle gris


File doux assassin
Qui cassais nos pantins
Qui cinglais nos visages
De tes sombres nuages

Dans l’arbre au paradis
Il y a des mirages
Et si l’été est sage
C’est promis c’est promis

Nous en cueillerons le fruit

Nous en cueillerons le fruit

Comme, enfants,
nous partions
Par les bois enchantés
Ramasser aux orées
Les pousses de champignons

Sorties de leurs cocons

Maintenant au soleil
Vont perler les nuées
Qui ourleront de miel
L’échafaud fracassé

La porte du sommeil
Et l’ampleur du grand ciel
Sous la toison vermeille
De nos vertes années

vendredi 27 mars 2015

Point d'orgue

Retrouver la veine prophétique, le souffle ou le halètement du long accouchement de soi-même, c'est peut-être ce que j'aimerais. Mais le néant m'appelle, le vent m'emporte, le temps se délite. 

Peu m'importe. Il faut continuer, poursuivre la tâche, aller de l'avant. Ne pas, ne plus être infantile tout en restant enfantin, mais ne plus s'engluer dans l'enfance, le non-dire, l'absence de paroles, se diluer dans son insouciance, dans sa relative précarité, son provisoire qui dure. Ouvrir mes mains et accueillir le temps qui vient et qui risque d'être fécond. 
Je n'ai plus de style propre, je suis contaminé par le sombrissime discours à l'amertume facile, à la livrée d'automne. Je rive mon sentiment à cette emphase, à cette boursouflure évidente du ressenti. 

Mon arme est chargée, et je crois tirer quand je la décharge : en réalité je prends la plume sans but précis, sans volonté vraie, sans plan préétabli. Je me rive aux mots au lieu de m'en décentrer. Je rumine, je mâchouille, je mégote, je n'ai plus de partage vrai.

C'est le début de la déprime, je crois, un passage vers l'aigreur du néant. Un hymne à la bêtise vétilleuse et bêtasse. À la procédure paperassière. À la paperasserie procédurale. À l'embrun abandonné sur la grève, par une vague décédée, qui ne participera plus à la joyeuse montée à l'assaut des berges ou des dunes, mais tel un cadavre vivant, croupira là jusqu'à sa désintégration totale. Vision pourtant béatifique à souhaiter et pont-aux-ânes de ma vie. Reste de couleurs automnales qui s'étiolent en soupirs.
Mais la vague ressuscite en se retirant, laissant derrière elle une écume du jour passant.
Je suis comme anesthésié par la douceur de vivre, comme achalandé de rivières et de rimes... visiteurs impromptus, clients sans argent, mais curieux de tout, et de tout le reste... mes phrases esquivent les problèmes – ce mot affreux - et se laissent bercer par le ressac tremblant de la vie d'un mortel.
Ainsi finalisé, mon être par débrouillardise se laisse emporter vers d'autres plages horaires, vers le changement du monde dans un devenir autre, comme si tous les matins du monde, gorgés de soleil  nouveau, revenaient à la charge en mon âme inquiète, pour éclairer un peu plus mon austère vision, et donner le printemps contre l'hostilité, la vie contre la menace, le vide étonnant contre le néant...


jeudi 26 mars 2015

Azzar, vous avez dit Azzar ?



Permettez-moi de vous présenter un grand ami
Un génie
Monsieur Azzar alias prestidigi’
L’animateur de notre engeance
Consolateur de l’imprudence

Permettez-moi sans alibi
D'énumérer ses acabits
Et de compter ses abattis
C’est lui le Tout le Vrai le Grand
Le créateur de l’éléphant
Du thé du cassoulet du brie
Du tourbillon et de l’ennui
Voire de la danse des galaxies

C’est lui le grand prestidigi’
L’agitateur de nos consciences
Commutateur de l’impudence
Il sait faire des soupes originales
Des tas de machines infernales

Il a accouché l’ADN sans douleur
Il répond toujours
Même au courrier du cœur
Des amis de la vie

Certes nécessité fait loi
C’est pourtant lui le roi des rois
Il scand' le temps depuis l’Aurore
Jusqu’à minuit et plus encore

Il légifère avec bonheur
C’est qu’il est le génie créateur
C’est lui le grand fauteur de troubles
La Cause première le designer
Et il travaille pour pas un rouble
Désintéressé au grand cœur

Que les savants les ingénieurs
Tous les apprentis Shakespeare
Et tous les enfants de chœur
Les Jean-Sol Partre les J'm'en inspire
Envient convoitent copient sans peur

Et en tout bien tout honneur
Le Maître espéré le Moteur

Chapeaux bas messieurs un génie
Sans contredit c’est bien lui
L’ordonnateur
Le concepteur
De l’univers et de la vie

Agent de change des années-lumière
Cerveau de la bande à Fizeau-Doppler
Joliot Curie
Pierre et Marie

Sous son égide bienveillante
L'univers gris est un détail
Qui n'est pas bien sur ses rails
Le Big Bang s’est enclenché
Avec son appui dilettante
L’évolution s’est ébranlée

Il fut l’auteur incontesté
Le ribouldingue
De nos cellules miraculées
De la valdingue 
Aux pouvoirs insoupçonnés
...Et de beaux monstres prometteurs
Dont il se fit le promoteur

Beaux et grands et vieux lézards
Singes moqueurs pour les bazars
Il a tout fait histoire de voir
Com' ça, sans jamais trop y croire

Il n’a rien corrigé du tout
Car c’est la diagonale du fou
Qui s’est chargée du sale boulot
Des dernières et ultimes finitions
Et de l’instinct de conservation

Monsieur Azzar… Votre chapeau ???
      -  Je l'ai oublié cette nuit
                                                           
Alors ce soir pas d’numéro ???
      -  Non c’est fini
          J’ai épuisé la dynamique
(Il tombent à pic,
Le multivers
et son envers
L'anthropocène
Tous ses mécènes
Et le principe
Anthropique...)
Mais moi je suis au bout
Du rouleau… (ipse dixit)

Quelle déception pour les amis
Le roi des sciences et ses audits
Monsieur Azzar je suis contrit
Et continuer cette homélie
Ne me va plus
Je suis… ému

Mais quoi ! Vous n’écoutez plus !
Monsieur Azzar, vous, endormi !
Réveillez-vous !
Sans quoi malheur
Dieu pourrait revenir
Sait-on jamais !

(Pour quoi faire mon bon ami ???)

Pour nous dire :
Ne prenez pas les courbes de Gauss
Pour des graffiti
Dont on se gausse
A l'infini



(Et pour quoi faire mon bon ami ???)

Mais pour grimer des paradis
Multispire
Et aussi pour aimer
Tous les pauv's affamés 



(Mais pour quoi faire mon bon ami ???)

Pour jouer aux dés
Ou diriger la symphonie…
Du devenir
Et de nos vies




vendredi 20 mars 2015

Vézelay


Richesse ambrée, douleur cassée
Un rien étouffe un tout libère
Je prends le virage vers le temps
Celui qu’on prend, celui qu’on perd

C’est pour lundi après-midi
Un doux souvenir et un rappel
Comme si la lune valait plus cher
Que tous les temples de l’après
Musée du Louvre

Douce retouche sur le tableau
Un peu décati par l’usure
Des couleurs reviennent et revivent
C’est un cadeau de l’art abstrait

Un rien qui décore ton enfer
Un rire un sou un empire
Tu fais le tabellion manqué
Comme si demain, demain venait
En s'insinuant dans le présent

Ricercare doré sur fonds de commerce
Un peuplement danse et me transporte

Et fait des ruines de me
s cohortes
Flanquées d’un flambeau vacillant
Dans le brouillard des rues grisées

Sur le buvard évaporé
Comme une tache, une patte de mouche
Qui signe la toile de nos amours

Sur le dôme étiré de la colline éternelle
Éphémère et repliée sur elle-même.


jeudi 19 mars 2015

PENSÉES COLLECTÉES PAR UNE AMIE


(mon amie Aline, décédée du cancer dans de terribles souffrances)


Chaque pomme est une fleur qui a connu l’amour.
Félix Leclerc

L’art de bien dire est l’art d’atteindre. Mal dire ou donner un mauvais arrangement à ses paroles ou à ses pensées, c’est prendre son épée par la pointe ou par le milieu, vouloir la faire entrer par le pommeau !
Joseph Joubert

Les écureuils, dit-on, amassent leur nourriture dans des cachettes qu’ensuite ils ne savent plus retrouver. Un tel oubli me semble lumineux et mystérieusement sage.
Christian Bobin

Être vivant, c’est être vu, entrer dans la lumière d’un regard aimant !
Christian Bobin

Ce qu’on apprend dans les livres, c’est la grammaire du silence, la leçon de lumière. Il faut du temps pour apprendre. Il faut tellement plus de temps pour s’atteindre.
Christian Bobin

Le désenchantement est plus à craindre que le désespoir. Le désenchantement est un rétrécissement de l’esprit, une maladie des artères de l’intelligence qui peu à peu s’obstruent, ne laissent plus passer la lumière.
Christian Bobin (Autoportrait au radiateur)

Je trouve mes lectures dans la lumière du ciel. C’est le livre le plus profond qui soit – et ce n’est pas moi qui en tourne les pages !
Christian Bobin

Deux biens sont pour nous aussi précieux que l’eau ou la lumière pour les arbres : la solitude et les échanges.
Christian Bobin

De la discussion, rien ne sort : c’est de la bonne entente que jaillit la lumière. Elle donne de l’éclat aux avis qui se ressemblent.
Jules Renard

Il est un moment à chaque aube où la lumière est comme en suspens, un instant magique où tout peut arriver. La création retient son souffle.
There is a moment in every dawn when light floats, there is the possibility of magic. Creation holds its breath.
Douglas Adams

Quand nous désertent le désir de vivre et la force d’aimer, le monde nous apparaît inhabité. Nous ne percevons plus du vent que sa course sans but, du ciel que sa lumière aveugle, de l’espace que son impassible démesure. Sans doute, s’il en est ainsi, c’est que ces lieux où vont nos vies ne sont rien d’autre que les reflets exacts de nos âmes.
Henri Gougaud

Avoir l’esprit ouvert n’est pas l’avoir béant à toutes les sottises.
Edmond Rostand

L’imbécillité est une chose universellement partagée. Chez les personnes instruites, c’est un peu plus long à dépister.
Albert Brie (Le mot du silencieux)


"Nothing happens unless first we dream." Carl Sandburg