samedi 17 octobre 2015

L'abattoir d'Alès

Un autre drame se joue des orties brûlantes de mes joues
                            je rougis comme un malade
         le sang jaune de mes ictères

si tu veux nous irons                                                            où j’ai vu enterrer grand-mère
du côté des bouges immobiles,                                     sirupeux souvenir de nos années manquées
là où sirotent les blafards les blêmes et les                            éthérés de service
dans le creux des arbres morts,                                 où s’installent les écureuils en proie à leurs fausses couches

un drame immense qui ne fait rien que de cesser de s’écrire pour la fin des vœux et des aveux
                un carrousel affreux de lueurs sans pareilles de foutaises et de tourne-poubelles

le fouilleux interstice de nos velléités fait tomber l’archifesse de nos grands camaïeux sur les épaules avachies

de l'archimandrite d'Eurasie

demain au rôti variqueux               et après 
l’alibi    le paltoquet de nos chansons, 
                 le bibelot cru de nos soupières de nos          grimoires de magistères
        nous irons là pensifs et bas embouteillés                        de fausse joie comme portés sur les échasses de guingois 
                          qui nous servent de guides dans le maquis de nos soupirs

je mugis comme un lion de Belfort
silencieux et... mort

les humbles connaissent les transferts de public en public
jusqu’au dernier port

un autre râle pour terminer ce bout de rien un déclic pour la dernière pose
ce matin, je panse mes plaies avec du sainfoin

Les images de l'abattoir me laissent glacé et rougissant
l'insoutenable                                     à bout portant

(Les enfants manifestent à côté du Concordat,
et je pense qu’ils ont raison de vouloir vivre
et de crier la vie, la vie, la vraie (!)

avant qu'il ne soit trop tard)

comme un train de la mort
passe sur un pont

et s'éloigne 
tranquillement

septembre 2007- octobre 2015
Photos : musée Miniature et Cinéma, Lyon prises en 2013

vendredi 16 octobre 2015

Poste Restante

comme une lettre à la Poste restante
comme un ciseau défait de sa paire
comme un rond de serviette sans son linge
comme un oiseau sans pattes condamné à voler 
jusqu'à l'épuisement

comme un sourire tronqué 
et comme le ventre de la ville morte

comme un orang-outang aux pattes palmées

Musée Miniature et Cinéma, Lyon
koala et paresseux

coryphée d’insoumission
étrave sans eau
phare sans feu

comme un oublié de l’histoire
un substitut du remplaçant

l’Observateur du Rivage des Syrtes

le prévaricateur de la non-science
l’orage bleu et la terre inféconde

cette instance de débilité folle mais vraie

je voudrais ne plus être diarrhéique 

je voudrais folle mais vraie envie retenir le temps passé
me retrouver dans le présent
Image décomposée du match de la vie...


au lieu d’attendre un avenir cadenassé
un avenir d’épave au fond des océans trop pacifiques


je voudrais aimer.



Entre les ambres et les ors

Musée Miniature et Cinéma - Lyon, 2013

Entre les ambres et les ors

Lumière tamisée sur le chemin de vie,
Un soupçon d'éternel compose son bouquet,
Éclatant silence qui mobilise nos cœurs,
Comme un regret informulé aux douceurs exquises,
Nous sommes les passagers d'un aéronef aux couleurs de la nuit
Nous sommes des étrangers dans un système transi
Nos amarres sont ailleurs, elles sont au paradis
Où le poète a dit qu'il irait avec les ânes
Avec les humbles et les petits

Nous sommes au fond d'un tableau, et dans le clair-obscur
Nous tentons de faire briller nos lampes de masures
Inconstance de la vie, brouillards encapsulés
Notre voie est tracée
Et notre galaxie
Lactée pour l'infini
Brille de mille et un feux de Bengale
Entre les ambres et les gris or
Au sein du Père et avec lui

Nos corolles ouvrent les sépales
Et laissent entrer les fragrances qui montent
Tel un encens dans le vieux temple
Tel un firmament de l'exemple
Exprimant le temps d'un sourire
Toute la mansuétude de Dieu
Musée Miniature et Cinéma, Le Parfum,
décor reconstitué
Son exacte démesure
La dormition de l'azur
Pardonnée comme un aveu

O cymbales qui retentissent
Janissaires du néant
Jusques à quand
Jusques à où
Engendrerez-vous le tourment
Cimeterres d'une armée fatale
Pour quoi l'ombre dans le regard
Pour qui l’œil sombre et le visage pâle
Fuyez loin de nos escales
Mucem, Marseille
Vous et vos yeux hagards

Nous sommes dans le coin d'un tableau
Notre présence vous semble importune
Mais nous peuplons notre infortune
De ces reflets au fil de l'eau
Sur nos tréteaux improvisés
Nous avons mis de quoi manger
Nous peuplons les instants fragiles
D'un ravissement intranquille

O cymbales qui retentissent
Épousailles du précipice
Destinées à entrer en lice
Contre la force et les délices
De la vie
Aux vertes magies

Festival de Jazz de Junas (dans le Gard) 20 juillet 2013
ambiance surréaliste pendant la montée d'un ballon musical...
O soupirs aux trompeurs accents
Dans l'attente d'un grand changement
Vous abreuvez nos solitudes
De la sève douceâtre
Des longues habitudes

Vous nous faites entrer
Dans l'art de curieux épices
Nous goûtons aux saveurs 
De la suave mélisse
Du millepertuis
Et du souci
De la voussure des cieux enflammés
Nous voici soudain infusés
Nous pénétrons les aîtres secrets
De la maison des candeurs

De la certaine et vraie grandeur
Là où puisent les beaux paysans
Dans le retour vers l'avant
Dans les étangs aux tristes splendeurs
Dans les yeux des enfants sans heurts
Au confluent de nos cœurs
Reconstruire...

Vous nous faites rêver
De plus forts nautoniers
Qui traverseraient les enfers
Pour nous guider vers la Terre

Au confluent des deux bonheurs


7 avril 2006






jeudi 8 octobre 2015

Work in progress : un jour de Fête du Travail



Elle bruine son crachin quand il fait beau et sourit sous l’orage
Je parle avec mes mots de vérités hors d’âge

Ma poésie résulte d’une mauvaise équation imaginaire/réalité
De prurits insensés et de cibles ratées
Ma poésie ne mérite pas son nom, ni ses sonorités

Elle a comme scissiparité la division cœur/esprit
Une sorte de conglomérat de nations ennemies
Un sigle et un portrait aux colères infinies

Aux couleurs tintamarres et aux sons vivipares
Comme un rejet vers le grand large
Des bateaux et des barges

Je parle mais est-ce vraiment moi qui oeuvre 
La bouche grande ouverte comme pour un cri

Et qui émets une virgule méprisable
De cœur manquant et l’âme coupable

Ridule sur la surface égale de ce plan d’eau
Comme une légère grimace sur un tableau

Mes poèmes enlacés se trémoussent et se traînent
Comme des racines investissent et se reprennent

L’une à l’autre le terreau qui gît tout au fond
Là où nul n’entre sauf à être lombric ou raton

Je perds encore ma contenance devant cet hémicycle
Mes paroles sont denses avec ces mots qui giclent

Je me mets à rimer si dangereusement
Comme un pauvre églantier sur une terre qui ment

Tous mes sauts à l’élastique se perdent
Dans les espaces cadrés de mauvaises herbes
Et je meurs chaque instant de me découvrir là
Pendant et lamentable comme un grand échalas

Je me mets à laisser mon erre m’emporter
Et alors c’est la fin de mes vertes années

Je deviens sec et dru comme un coup de bâton
Mon art lui s’ingénie à demeurer baron

C’est la fin d’une chanson jetée aux candidats
Les mots s’alignent et pleurent de leur orphelinat

Je compte les pieds comme on compterait les ronds
Mon coeur a froid soudain et c’est comme un ronron

Que de peurs subalternes sont ainsi entamées
Qui finissent de pourrir du côté du grenier

Je périple ma vie en un grand entonnoir
Finirai-je mes jours comme dans un roman noir

Le work in progress se délite lui à souhait
Débouté de l'amour et sevré de l’abstrait…

1er mai 2006/2015



mardi 6 octobre 2015

Embryon de poème

Formage de tes mains dans le cœur de mon sein
Dessin éventail, oeuvre d'une chinoise (Mme Cao) selon l'art
traditionnel chinois
Comme un radeau ivre sur la mer des montées

étonnant ce radeau médusant ce fromage

si l’art nous est conté comme un autre sévère
que Septime le septième du centenaire centime
de nos centaines d’années

(un ruineux dispendieux somptuaire concasseur)
cette lune qui répond à l’abstrait par son sourire vengeur




le sourire d’une Joconde au bord des larmes

le temporaire dégoût face aux vineuses décences

un rien dans un tout à l’égout

et ainsi le fœtus va pourrir
dans la station d’épuration

au milieu des non-sens et des alluvions de l’incontinence

comme un fétu de paille dans un grand tourbillon
entraîné dans les espaces et les allusions rhétoriques

tout un spasme de friture
de fric et de ratures

dans les derniers recoins de la prairie exfoliée

dans les ex-libris de nos retombées

le drame n’est pas là, mais dans l’arithmétique

des ex-voto

dimanche 4 octobre 2015

Nous avons été tués à Muttur

 Nous avons été tués à Muttur

menés à l’abattage comme des souriceaux un bétail de sérail
ô lumières et dérision simonie et parcimonie

nous avons été tués comme de simples moucherons nous dévoués à une cause humaine notre corps gît sans                              vie sur le parvis de votre sanctuaire

                                           périlleuse mission et pauvres missionnaires

                 dérisoire mémoire qui se rappelle à nous nous qui sommes muets du mutisme des morts des                                                    boires et des déboires rester là au milieu des combats
                           nous sommes des saints laïcs nous sommes des meules à bras

                    nous avons aiguisé l’œil perçant des aiglons et notre déchéance a fait leur triomphal cortège
                              nous sans arme et eux bardés de munitions
                                             nous en larmes et eux riant comme des curés
                leur gâchette était lâche
                                  et nous étions sans vous
                      si un blanc avait été là nous aurions pu sauver nos âmes mais voilà
                   nous sommes le sang des martyrs
                                         nous sommes virils jusque dans notre repos éternel
                   car au fond il y a la peur vrillée
                                      en nous pénétrant avant la balle qui nous transperce

                                17 sri-lankais tamouls ou musulmans pour vos talmuds
                                                 toute la rangée de vos bréviaires
                                                        guerre aux haltères que vous nous avez voulu voir porter.

                              guerre à la guerre   

dimanche 24 juin 2007


Le 4 août 2006, 17 travailleurs humanitaires d’une célèbre Ong qui oeuvre contre la faim dans le monde étaient exécutés dans la ville de Muttur située au Nord-est du Sri Lanka. Ce massacre constituait le crime le plus grave perpétré contre une organisation non gouvernementale. Trois enquêtes ont été engagées au Sri Lanka et aucune n’a abouti. Après ce qui vient de se produire en Afghanistan, je me permets de donner la voix à ces "éliminés" par erreur (???)... pour vous livrer ce petit texte. Simple dommage collatéral ?? Loin de prendre parti dans cette affaire je m'efforce de rester neutre, bien sûr, dans ce conflit. Les responsables sont toujours impunis.



samedi 3 octobre 2015

Des hymens et des hymnes



Le maximum de confort de lecture

pour un minimum d’effort de compréhension

c’est la route que j’emprunte quand je déchiffre la vie
          comme si je dribblais l’incurable

et je parle je parle comme un enfant de larme
          je descends sur ta joue
pour un départ brisant
                            après la griserie de manille

le mûrissement lent dans mes chais
          se passera de tes pourritures nobles

et je prête à chacun le crédit de mes primes
          comme si la déprime cassait la routine

et je parie certain que mon cheval gagnant
           sera comme un mistral dans la bouche de l’égout

tout se passe comme si nous avions à revendre
          les dernières pommes du vieux tremble

tu mens comme si tu pouvais respirer sans mentir
          tu me protèges derrière le roman de ma vie

la munificence de l’indécent fait des ronds de fumée
          des ondes de polluants envahissent ma pensée
et je prévarique avec tes mots comme un enfant du métro
          un Gavroche attardé
                              un horla de sémiose

rien ne sert de pâtir quand on fait dans l’abscisse
          l’ordonnée n’est pas loin
                              qui décrit nos désirs

Le pseudo-mort a parlé l’as-tu entendu
          Tous ses mots alignés font une faran-faribole

                         et je plagie ta vénusté de faïence délicate


                                   comme une tige de fleur sur l’eau opaque